Je progresse

Corriger le style : comment faire un « line edit »

Dans mon dernier article, je vous parlais du processus d’alpha-lecture de mon second roman, Rêveuse. Mes six derniers mois ont été bien occupés à travailler sur les corrections, en particulier une bonne grosse révision stylistique, bien musclée. Chez les anglophones, ça s’appelle le « line edit ».

Parlons donc des corrections de style…

Les différents types de correction

Pour commencer, j’ai envie de vous faire un petit topo sur les différents types de correction qui existent.

Et comme j’ai trouvé infiniment plus de ressources sur le sujet en anglais qu’en français, je vais vous parler de la typologie qui est utilisée par nos collègues outre-mer.

Une nomenclature anglophone

L’édition anglophone, et américaine en particulier, a un fonctionnement très codifié et beaucoup mieux documenté que ce qui se fait en France. Notamment, il est très courant de trouver des témoignages d’auteurs ou autrices qui expliquent comment elles ont trouvé un agent (quasi obligatoire pour être édité aux USA), puis une maison d’édition, et leur fonctionnement de leur relation avec cette maison d’édition. La plupart décrivent les mêmes étapes de correction. Je n’ai pas réussi à trouver d’information équivalente pour les maisons françaises, mais même si leur processus diffère, je trouve la classification anglophone intéressante malgré tout, alors allons-y.

La plupart des ressources que j’ai trouvées listent trois grandes étapes :

  • les « developmental edits »,
  • les « line edits »
  • les « copy edits »

Un roman déjà très travaillé

Ces termes sont utilisés pour décrire des étapes de correction mises en place entre une maison d’édition et un auteur ou autrice, juste avant la publication. A ce stade, le roman a déjà été travaillé et retravaillé de nombreuses fois, le nombre de phases de correction est donc limité. En principe, dans le processus le plus courant aux USA, l’auteurice a déjà poli son roman au maximum de ses capacités de son côté, mais aussi retravaillé le roman en question avec leur agent.e, avant d’essayer de le vendre à une maison d’édition.

Donc en pratique, un roman passera de multiples fois par ces différentes étapes, aux mains de différents interlocuteurs, parfois en répétant la même étape jusqu’à atteindre un niveau de qualité suffisant.

Developmental edit : les corrections de fond

Les corrections de fond sont la première étape. A ce stade, on cherche à valider que l’histoire elle-même tient la route. On va donc vérifier la cohérence de l’intrigue, son rythme, la motivation des personnages, la clarté de son univers, la solidité de son système de magie, etc.

Pour simplifier, les corrections de fond concerne tout ce qui serait toujours présent si on racontait la même histoire sous un autre format (par exemple si on l’adaptait en film).

On travaille sur le fond en premier parce que ce sont les modifications qui vont avoir le plus gros impact sur le roman : elles pourront impliquer par exemple de rajouter ou supprimer une sous-intrigue, modifier l’ordre des évènements, changer de personnage de point de vue, etc. On touche à la structure même du roman : c’est l’équivalent d’abattre des murs, de rajouter un étage ou une véranda : du gros œuvre. Quand on débute dans l’écriture, on pense parfois que corriger son roman se limite à chercher des fautes d’orthographes. Oh que non… Chercher les fautes d’orthographes dans un roman avec une intrigue bancale et un protagoniste inintéressant, c’est comme chercher à mettre une couche de crépis sur une maison qui n’a plus de mur porteur, ça ne sert pas à grand chose.

Ma version des corrections de fond

Personnellement, c’est l’étape que je préfère. Mon processus est assez simple : je relis le roman, je note tous les problèmes que je trouve, et parmi tous ces problèmes, j’identifie les trois ou quatre plus gros : les murs porteurs manquants. Par exemple, dans ma première révision de Rêveuse, je me suis attaquée au système de magie qui ne tenait pas la route, et aux relations entre mes personnages dont l’évolution était incohérente. Une fois mes problèmes choisis, je brainstorme la meilleure façon de les résoudre, si possible simultanément. Et ensuite j’applique ma solution…

Je trouve cette étape très agréable, d’abord parce que la partie brainstorming est très créative, et ensuite parce que ça me rassure énormément de prendre un problème que j’ai identifié, et de le faire disparaitre d’un coup de clavier bien placé !

Line edits : la correction de style et de forme

Une fois que les fondations sont solides, on peut commencer à poser le carrelage et le parquet (oui, j’aime bien ma métaphore de construction…). S’il n’y a plus besoin de retoucher à la structure des scènes, on peut s’attaquer à leur contenu. Ici, on ne regarde plus le roman ou la scène dans son ensemble, mais on va se concentrer sur les phrases en elles-mêmes (d’où le « line » de line edit, on regarde le roman ligne par ligne). A ce niveau, on pourrait même presque corriger chaque paragraphe indépendamment et dans le désordre. On va chercher à savoir si toutes les phrases sont claires. Est-ce qu’elles s’enchainent bien ? Les mots sont-ils bien choisis ? Est-ce qu’il y a des répétitions, des lourdeurs, etc. ? En résumé, est-ce que le style est agréable à lire ? Je ne rentre pas plus dans le détail maintenant, je vais en parler ensuite.

Copy edits : les derniers détails

Enfin, les copy edits zooment encore un peu plus. Cette fois, on donne les dernières touches : on corrige les coquilles, les fautes d’orthographe et de ponctuation. Mais on s’assure aussi de la cohérence du roman : on vérifie que les noms propres sont toujours écrits de la même façon, ou qu’on fait toujours les mêmes choix orthographiques. Par exemple, si pour une raison incompréhensible, on a décidé d’utiliser l’orthographe « ognon » autorisée par l’Académie Française, qu’on l’utilise bien partout. On va aussi vérifier que les détails restent constants : que la couleur des yeux des personnages ne changent pas en cours de route, ou qu’on ne passe pas de l’été à l’hiver en deux semaines seulement.

Le dernier coup de peinture, quoi…

Une nouvelle phase de correction pour mon roman

Maintenant que je vous ai parlé un peu de théorie, passons à la pratique…

L’été dernier, mon roman est passé entre les mains de mes deux premiers lecteurs, pour une « alpha-lecture ». Combiné à ma propre relecture, j’en ai tiré une longue liste de corrections à appliquer.

J’avais identifié quelques problèmes principaux :

  • Mon début était un peu mou
  • L’enquête n’était pas assez dynamique, et ne donnait pas suffisamment de sentiment de progression
  • Une de mes deux héroïnes manquait de profondeur
  • La culture de cette héroïne n’était pas assez différenciée de la culture de la ville où se passe le roman
  • Le style n’était pas assez fluide, avec un gros problème en particulier sur les descriptions

Pour les quatre premiers points, mes corrections de fond, j’ai pris le temps de faire pas mal de brainstorming, pour trouver des solutions concrètes et établir un plan de modification de mon roman : une longue liste de scènes, avec pour chacune la liste des infos à rajouter ou des modifications à apporter.

Après ça, puisque j’avais noté le style dans la liste de mes problèmes principaux, j’avais prévu de faire une passe rapide de « line edit » sur l’intégralité du roman.

J’ai même créé un « Objectif Long Terme » sur le site Cocyclics (dont je vous parlerai surement dans un prochain article), une sorte de challenge, en annonçant une date de fin au 28 février en pensant être très large : j’avais prévu 3 ou 4 jours de travail sur chaque scène majeure à modifier pour les corrections de fond, et un jour par scène pour la correction stylistique. Plus un peu de temps pour relire tout ça et passer un petit coup de Antidote (logiciel de correction). Easy !

La réalité

Puis la réalité a frappé… Mes corrections de fond sont passées en un éclair, super ! Puis j’ai attaqué les corrections stylistiques. Et là, mon objectif de corriger une scène par jour s’est rapidement effondré, d’autant plus vite que le début de mon roman est plutôt chargé en descriptions, ma némésis.

Dans la réalité, j’étais plutôt à 2, 3 voir 4 soirs sur la même scène.

Heureusement, j’ai fini par adopter un rythme plus soutenu, j’en parlerai ensuite, mais une partie de cette accélération a été dû au fait qu’au lieu d’écrire pendant une petite heure tous les soirs, je me suis poussée à écrire plus longtemps, souvent plus de deux heures. J’ai atteint mon objectif (j’ai fini le 20 février), mais au prix de six mois de boulot non stop presque tous les jours. J’ai besoin d’un peu de repos…

Pourquoi faire des corrections de style maintenant ?

Actuellement, je suis en train de préparer mon roman pour la bêta-lecture. La bêta-lecture, en tout cas telle que je compte l’appliquer pour mon roman, est plutôt de l’ordre de la correction de fond. A part si vous avez des lecteurs super motivés (ou profs de français avec le Bescherelle qui les démange), vous recevrez sûrement majoritairement des commentaires sur vos personnages, l’intrigue, etc, le fond quoi, et peut-être au plus trois ou quatre coquilles à corriger, mais cela n’ira pas plus loin. Ce que je demande à mes bêta-lecteurices concerne uniquement le fond. Mais me direz-vous, tu soutenais 3 paragraphes plus tôt qu’on fait les corrections de fond avant les corrections de style, parce que ça ne sert à rien de mettre un coup de peinture sur des fondations pourries. Alors qu’est-ce que je fabrique ???

Je suis bien consciente qu’une partie de la montagne de travail que je viens d’abattre risque d’être (en partie) inutile. Elle ne le sera pas totalement, parce que c’était un exercice que j’avais besoin d’effectuer de toute manière, et même si je réécris la moitié de mes scènes, j’aurais appris à le faire plus proprement.

L’arbre qui cache la forêt

En dehors de cela, il était nécessaire pour moi de faire cette réécriture stylistique maintenant, pour une raison très très humaine. Parce que si vous avez peint votre parquet en orange fluo, je peux vous garantir que vos invités ne remarqueront jamais si c’est un parquet en chêne massif avec motifs en marqueterie, ou si c’est un vieux stratifié tout gondolé et même pas droit. Oui, ma métaphore fonctionne toujours parfaitement.

Les lecteurs et lectrices ne pourront pas forcément nommer la source du problème, mais ils ne percevront que ça. Moins la personne est experte, plus elle va se focaliser sur des détails cosmétiques (j’en ai eu la triste expérience dans l’informatique où tu peux bosser comme un fou pendant des mois sur un projet et la seule chose que ton utilisateur verra c’est qu’il y a un champ qui n’est pas bien aligné…).

J’ai décidé de faire ces corrections maintenant, parce que j’avais peur que mes bêta-lecteurs ne voient que ça, et même pire, qu’ils ne se rendent même pas compte que mes formulations étaient lourdes et bancales, mais le ressentent simplement comme étant « ennuyeux » ou « mal écrit » et qu’ils abandonnent la lecture.

J’avais besoin de poncer la peinture orange fluo…

Les corrections de style en pratique

Alors, dans le détail, comment se passent les révisions stylistiques ?

Je suis partie d’un diagnostic général : ma prose n’était pas fluide. En pratique, j’ai travaillé sur plein de petits détails que je vais vous lister ici. Ce sont mes propres points faibles, mais la plupart sont très courants et peuvent servir à n’importe qui.

Les répétitions

J’ai fait la chasse aux redondances. Pour une raison qui m’échappe, elles étaient omniprésentes dans ce jet.

Non seulement j’ai été attentive aux mots réutilisés trop proches (assez évidents quand on se relit), mais j’ai aussi travaillé sur les structures de phrases répétitives. Par exemple, un enchainement de phrases qui commencent toutes par « Elle » suivi d’un verbe d’action. Autant le premier point est facile à corriger avec un dictionnaire de synonymes, autant le deuxième est plus difficile à gérer et demande un peu plus de gymnastique mentale. Mais non seulement le résultat est plus agréable à lire quand les structures de phrases sont variées, mais cela oblige aussi à considérer les évènements d’un autre point de vue. Souvent la phrase qui en résulte est plus forte.

Les mots « doudou »

Tous les auteurs et autrices ont des mots favoris, qu’ils utilisent tout le temps. Le choix de mots peut faire partie du style, mais à un certain point, ce n’est plus une question de style propre mais de manque d’imagination. Finalement, c’est une forme de répétition, mais à l’échelle du roman complet.

J’ai noté tous ces mots dans une belle liste qui contient entre autres « volutes », « glacé » et « imperceptiblement » et je leur ai mené une guerre implacable.

Cela fonctionne aussi pour les descriptions des expressions des personnages. J’ai été traumatisée par l’héroïne de 50 Shades of Grey qui se mordait les lèvres toutes les 5 secondes, je vais essayer d’épargner ça à mes lecteurs. Mais c’est duuuuuuuur !

Le vocabulaire trop vague et « fade »

En parcourant ma liste de mots « doudous », j’en ai identifié un certain nombre qui non seulement étaient répétés à outrance, mais surtout que j’avais employés pour ne pas avoir à décrire précisément l’environnement ou les personnages.

Par exemple, j’ai souvent utilisé « complexe » dans mes descriptions, comme « joker » pour parler du motif de broderies ou de l’enchevêtrement d’engrenages d’une machine. Bien sûr, je ne fais pas ça consciemment, mais comme les mots fétiches, ce sont des raccourcis que notre cerveau utilise pour avoir à faire moins d’efforts.

En plus des mots vagues, je choisissais souvent des mots qui manquaient de précision ( bois/métal/pierre pour décrire les matériaux par exemple) ce qui est à la fois vite répétitif et pas du tout évocateur.

De manière générale, j’ai appris à être plus spécifique dans mes choix de vocabulaire.

Les mots « filtre »

Les mots filtre sont tous ceux qui éloignent le lecteur/trice de l’expérience du personnage. Ils sont particulièrement courant à la troisième personne. Par exemple, c’est lorsqu’on écrit « Marie Sue entendit la porte grincer » au lieu de « La porte grinça ».

En général, ce sont des verbes liés aux sens, comme voir, entendre, sentir, mais aussi comprendre, savoir, ou constater.

Personnellement, je n’utilise pas tellement « voir » ou « entendre », par contre, « sentir » pourrait bien faire partie de la liste de mes doudous…

Les mots d’approximation

Ceux-là sont un de mes pires défauts, y compris dans ma vie professionnelle. Je ne suis jamais sûre de rien, alors je ne peux pas écrire une phrase sans rajouter des « a priori », des « peut-être » et des « il semblerait ». Au niveau fictionnel, j’ai dû faire la chasse aux « presque », ‘juste », « paraitre », « sembler »…

J’ai tendance à le faire aussi dans mes articles, où une phrase sur deux commence par « je crois » ou « il me semble ». Mais comme je ne veux pas me présenter comme l’experte que je ne suis pas, ils me paraissent pertinent dans ce contexte. Oui je l’ai fait dans cette phrase aussi…

Les adverbes

J’ai un léger faible pour les adverbes en -ment… Un faible qui tire peut-être à l’addiction.

J’ai souvent vu conseiller de remplacer un verbe + un adverbe par un verbe plus fort, et plus précis (on retrouve l’idée de « spécificité »). Par exemple, remplacer « courir rapidement » par « bondir » ou « se précipiter ».

Pour ma part, je ne crois pas avoir employé si souvent cette méthode. Je crois que j’utilise souvent le verbe approprié, et que je n’ai qu’à supprimer purement et simplement l’adverbe. Il m’est aussi souvent arrivé de remplacer un adverbe en -ment super long par un autre équivalent et plus court, pour ne pas alourdir excessivement la phrase (par exemple ici j’aurais pu remplacer « excessivement » par « trop »…)

Les mots ou expressions qui n’existent pas

Je lis beaucoup en anglais (je vais en reparler ensuite). Et il se trouve qu’il m’arrive maintenant d’inventer des mots ou de traduire inconsciemment certaines expressions ou tournures de phrase, en étant persuadée que ça existe en français. De manière plus générale, je pense qu’on a tous des expressions ou des tournures qui n’existent que dans nos têtes.

Les phrases trop longues ou peu claires

Mes phrases sont toujours trop longues. Il suffit de lire un de mes articles pour s’en rendre compte. Mon éditeur WordPress ne se gêne pas pour me le faire remarquer ! A l’instant où j’écris, il me dit que 34.5% de mes phrases contiennent plus de 20 mots. Je suis toujours trop verbeuse. J’ai donc profité de cette réécriture pour raccourcir ou découper certaines phrases qui le méritaient. Comme pour mes articles, je ne cherche pas à débiter toutes mes phrases à la hache, ce serait trop compliqué, et cela fait partie de mon style d’une certaine manière. Malgré tout, j’y ai prêté une attention particulière.

J’ai aussi travaillé la fluidité de mes phrases, en particulier les plus longues. Pour une raison qui m’échappe, j’ai souvent organisé mes clauses dans un sens qui n’était pas naturel pour le lecteur. J’ai pris soin de réécrire tout ça dans un ordre plus logique. Je ne saurai pas donner d’exemple concret ni expliquer comment j’ai procédé dans le détail. Je me rendais juste compte à la relecture qu’en parcourant le début de la phrase, j’avais une idée erronée sur la suite, et que je n’aurai pas le problème si je la restructurais.

S’ancrer dans le point de vue

Je ne suis pas sûre que ce type de modification entre dans la définition des « line edits » à l’anglais mais je l’ai abordé à cette étape. Mes descriptions n’étaient pas correctes en terme d’utilisation des points de vue. J’écris à la troisième personne « rapprochée » (en me plaçant le plus possible dans la tête du personnage) et mes descriptions étaient beaucoup trop distantes. En plus d’être trop longues et verbeuses, et à mon goût, ennuyeuses.

Je me suis donc échinée à reprendre mes descriptions en me plaçant du point de vue des mes personnages. Par exemple, une de mes héroïne est heureuse de se retrouver dans sa ville natale alors que l’autre s’y trouve contrainte et forcée, et dans une situation extrêmement stressante. J’ai fait en sorte que l’émerveillement et les souvenirs de la première soient bien présents, alors que les descriptions de la seconde sont beaucoup plus péjoratives (en tout cas j’ai essayé !). L’objectif est de décrire la même chose, mais en « colorant » le récit du point de vue du personnage au lieu de se placer en tant qu’observateur extérieur.

Comme j’ai des difficultés avec les descriptions, je crois que j’ai adopté ce mode par défaut, parce qu’il est courant en fantasy. En soi, ce n’est pas une mauvaise chose du tout, c’est un choix tout à fait valable, mais dans mon cas ce n’était pas un choix mais un accident.

Chasser le mélodrame

Mes deux héroïnes ont des petits problèmes avec leurs émotions, c’est l’un des thèmes de mon roman. L’une passe par une phase dépressive, l’autre est constamment en colère, d’une colère qu’elle a du mal à maitriser. Ma façon de l’écrire était souvent très mélodramatique, et ça me dérangeait énormément. Mais je pense avoir réussi à dompter le mélodrame. Je me suis rendu compte que pour l’expression des émotions, la sobriété était très efficace. Il m’arrivait souvent d’avoir parfaitement exprimé une idée, mais de renfoncer encore le clou en nommant l’émotion alors que je l’avais déjà illustrée, et/ou en accumulant les emphases (répétitions volontaires de mots, phrases nominales, etc). Dans la plupart des cas, j’ai constaté qu’il me suffisait de supprimer une phrase ou deux et que ça réglait tous mes problèmes… Magie !

Les petites astuces pour la correction de style


J’ai trouvé l’exercice du « line edit » très difficile. Cela demande d’être ultra concentrée en permanence, et tu n’as pas le loisir de dire « je trouverai un meilleur mot/formulation plus tard », c’est LE moment de trouver le mot exact. Il m’est arrivé de passer une demi-heure ou une heure sur un seul paragraphe, et jusqu’à une semaine sur la même scène, tout en regardant le calendrier avancer inexorablement.

Personnellement, j’adore les phases créatives, et encore plus les phases de résolution de problème. Par contre, les détails… Beurk ! Oui, je suis la première personne qui dira ne PAS être perfectionniste.

Ce n’était clairement pas la partie la plus agréable du processus pour moi. Quelques petites choses m’ont aidée malgré tout.

Lire en français

Comme je disais plus haut, je lis beaucoup en anglais. Je lisais même quasi exclusivement en anglais depuis une bonne dizaine d’années (et un peu en espagnol récemment). J’aime lire dans d’autres langues, c’est un jeu pour moi. J’essaie aussi au maximum de lire les livres dans leur langue d’origine, et à ce jeu-là, c’est facile de ne plus lire grand chose d’autre que de l’anglais…

Sauf que ça impacte beaucoup ma capacité à trouver mes mots lorsque j’écris, et il m’a fallu beaucoup trop longtemps pour m’en rendre compte. J’ai donc recommencé à lire en français (par des auteurs et autrices français du coup, puisque je veux lire dans la langue d’origine). J’ai aussi pris l’habitude de regarder un extrait d’une chaine de jeu de rôle en français juste avant d’écrire, pour que mon cerveau soit en mode « français » (je ne regarde pas la télé mais je regarde beaucoup Youtube, en particulier tout ce qui est écriture et autres activités créatives, et la grande majorité en anglais). Et bien ça aide… Oui, je sais, j’aurai pu y penser avant.

Antidote

Pendant toute cette période, le logiciel Antidote m’a été d’une grande aide. Antidote m’a permis de découvrir tous ces mots que je croyais exister mais n’existaient pas. Il a été ma source de synonymes, un bonheur quand on a utilisé « sable » soixante fois dans la même scène qui se passe au milieu du désert… J’ai été prudente de ne pas juste jeter des synonymes au hasard. Mais de manière générale, mon vocabulaire est plutôt fourni, contrairement à ma mémoire qui est défaillante…

L’autre fonctionnalité qui m’a été d’une aide inestimable, c’est la fonctionnalité « cooccurrence » qui indique quels mots sont en général associés à un mot donné. Par exemple, à l’instant même pour écrire la phrase précédente, je ne retrouvais plus l’adjectif que je voulais utiliser avec « aide ». J’ai regardé la liste des cooccurrences du mot, et voilà. Cette fonctionnalité est vraiment géniale, parce qu’il m’arrive souvent de ne pas me souvenir quel verbe va avec un nom donné, par exemple.

J’utilise Antidote, parce que j’ai eu une licence en cadeau à Noel il y a quelques temps, il y a sûrement d’autres logiciels équivalents. Je pense que Chatgpt peut sûrement remplir le même genre d’usage, mais je n’ai pas envie de me lancer dans un discours sur l’IA dans l’écriture là maintenant…

Réécrire plutôt que corriger

Je suis beaucoup plus à l’aise dans les phases de correction que de réécriture. J’ai toujours l’impression qu’écrire une nouvelle scène va être compliqué et douloureux. Je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs parce que ça ne me pose rarement de problèmes. Mais quand j’entends des gens dire qu’ils ont réécrit leur bouquin de zéro, parfois plusieurs fois, ça me plonge dans des abimes d’anxiété. Peut-être parce que je suis plutôt lente, et que j’ai l’impression qu’il faut chérir chaque mot déjà sur la page. Au début de mon processus de récriture stylistique, je me suis souvent retrouvée face à une phrase difficile, en étant incapable de voir comment la corriger ou la rendre meilleure. Je restais coincée.

Ensuite, j’ai trouvé une « technique » (je mets technique entre guillemets parce que la moitié d’entre vous vont trouver ça complètement basique et évident). Je sautais trois lignes et je commençait une nouvelle phrase. Et là, bam miracle, mon cerveau sortait automatiquement une nouvelle version plus claire et plus fluide. Je ne voulais pas non plus réécrire tout le roman mot par mot (ça m’a déjà pris 5 mois…) donc je n’ai pas fait ça systématiquement, mais dès que j’abordais une phrase difficile ou un paragraphe rétif, je me suis autorisée à réécrire complètement, et ça m’a beaucoup aidée. C’était une vraie révélation pour moi.

Apprécier les progrès

Cette étape de correction stylistique a été difficile. Et loooooooooogue. Ca fait maintenant 8 ans que j’ai commencé à écrire ce roman (même si je travaillais au départ sur mon premier roman en parallèle, et que j’ai mis l’écriture en pause par moments), j’aimerais le finir un jour, et je suis frustrée que chaque nouvelle étape soit si longue. J’ai vu récemment une vidéo d’une autrice qui expliquait ce qu’elle avait appris en écrivant 200 romans, et au rythme d’un tous les dix ans, j’espère bien que l’élixir d’immortalité va bientôt être inventé, sinon je ne suis pas près d’apprendre quoi que ce soit…

Bref, c’était long, mais je sais que j’ai amélioré mon texte, parfois drastiquement. Enfin j’imagine, j’en jugerai à ma relecture prochaine, mais je sais que le travail effectué était vraiment nécessaire, et c’est ce qui m’a permis de tenir. J’ai pris des passages que je détestais et je les ai rendus meilleurs. Ca n’a pas de prix.

Conclusion

Cet article est beaucoup trop long, et il est temps de le conclure. En résumé, j’en ai un peu bavé, mais j’espère bien que les résultats seront à la hauteur. Mais même si je dois encore refaire 12 phases de révisions, je sais que j’ai progressé. Je le sais parce que par exemple, j’ai eu moins de difficultés que d’habitude à corriger cet article. Le résultat n’est toujours pas parfait. Mais je progresse.

Plus que 198 bouquins à écrire, j’imagine !


Et vous, comment abordez-vous les réécritures de style ? Si vous avez des références ou des informations sur le processus de correction entre les auteurs et leurs maisons d’édition, n’hésitez pas à partager, ce serait super intéressant !!!

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