Je progresse

Au secours, j’ai pas d’intrigue !

Parfois on a une super idée de départ, des personnages géniaux, un univers riche et étonnant… mais aucune idée de ce qu’il doit se passer !

Pour régler ce problème, nous allons parler dans cet article des éléments de base de l’intrigue, les concepts qui vous nous permettre, à partir d’une idée de départ, de construire une histoire.

Avertissement : cet article est plutôt destiné à celles et ceux qui s’attaquent à l’écriture d’un roman pour la première fois. Ce ne sont pas du tout des idées révolutionnaires, et elles vous paraitront peut-être simpliste. Mais ce sont des concepts qui m’auraient beaucoup aidé lorsque j’ai commencé à écrire, et mon premier roman aurait été très différent…

Les éléments de base de l'intrigue

Photo by Calum Lewis on Unsplash

Une intrigue plus ou moins balisée selon les genres

Pour un.e auteurice débutant.e, il n’est pas toujours facile de construire une intrigue. On peut avoir un concept, des personnages un univers, peut-être même une fin et se retrouver ensuite coincé.e : que doit-il se passer entre les deux ? Comment remplir cet espace entre l’introduction et le dénouement ?

Le problème est plus ou moins fréquent selon les genres. Certains genres, comme le slasher ou la romance, sont très codifiés. Dans la romance, un certain nombre de jalons sont prédéterminés : la rencontre entre les deux personnages, le développement de leur relation, le premier baiser, en général un horrible malentendu au milieu de l’histoire (raison pour laquelle je ne suis pas fan de romance^^), et une grande scène de retrouvailles/réconciliations, si possible avant un départ en avion, ça augmente le suspens. Toutes ces scènes « obligatoires » forment un squelette qui facilite grandement la tâche.

Le policier et la fantasy sont également codifiés. Dans les policiers, on attend en général un meurtre ou une série de meurtres, et une suite de découverte d’indices. La fantasy suit couramment un schéma précis : celui du monomythe décrit par Joseph Campbell.

Mais si l’on souhaite s’écarter de ces schémas un peu trop vus et revus, ou choisir un genre dont les schémas sont moins rigides, on peut vite se retrouver face à un problème épineux : comment décider ce qu’il doit se passer ?

Un exemple concret

Laissez-moi vous raconter une petite histoire. En 2011, j’ai écrit deux textes assez courts. Dans le premier, un jeune homme un brin cynique racontait son enfance et notamment sa relation difficile avec sa mère. Dans le deuxième, une jeune femme en colère expliquait comment elle avait cessé de parler. J’aimais bien ces deux personnages, en particulier le premier, et j’ai eu envie d’écrire un roman dont lui serait le héros, et dans lequel elle apparaitrait également.

Dans ma première idée, mon héros était un jeune psychiatre dans un service hospitalier pour adolescents et jeunes adultes, l’héroïne aurait été sa patiente, et il l’aurait aidée à surmonter son mutisme, probablement grâce à la danse, avec une possibilité de romance. Ce n’était pas une idée révolutionnaire (et une idée possiblement problématique sur la représentation patient/praticien…), mais c’était mon point de départ.

J’ai commencé à écrire des scènes de la vie de service psychiatrique, un spectacle de Noël, des séances avec des patients, une sortie au musée, etc..

Mais je n’arrivais pas à savoir où j’allais ! J’écrivais des scènes, mais elles ne donnaient pas de sens de progression, l’histoire n’allait nulle part, c’était simplement une suite de scènes mises bout à bout sans fil directeur.

Et au bout de plusieurs milliers de mots, mon héros a émis l’idée que sa patiente avait pu être témoin d’un meurtre. A partir de là, ça a été facile (ah ah lol). Avec une enquête, je savais où j’allais…

Et je ne regrette pas ce choix ! (j’ai un faible pour les enquêtes…) Mais récemment, j’ai repensé à ma première idée, et je me suis rendue compte que je serais maintenant capable d’écrire cette histoire, grâce à quelques notions que j’ai découvert depuis…

Trois notions de base

Au collège, j’ai appris que le récit était constitué de plusieurs éléments : une situation initiale, un élément perturbateur, des péripéties et un dénouement. C’est bien mignon, mais ça n’aide pas beaucoup à écrire un roman. Si on a souvent l’élément perturbateur et le dénouement, c’est dans le choix des péripéties que le bât blesse.

Alors quels outils peut-on utiliser pour faire avancer son récit de la situation initiale jusqu’au dénouement ?

Je vous en propose trois. On les retrouve dans la plupart des ouvrages, sous des noms différents :

  • La motivation du héros
  • Les conflits
  • L’arc de développement du personnage (character arc pour les anglophones)

Mais qu’est-ce donc que tout ça ?

Motivation

  • La base du personnage

Les personnages sont bien sûr des éléments de base de l’intrigue. Ce sont eux qui guident l’histoire (en particulier pour les auteurices Jardiniers). Mais un personnage, ce n’est pas seulement une jolie fiche le décrivant dans le détail, de la couleur de ses yeux à son troisième prénom en passant par s’il.elle aime ou non les artichauts.

Si ça vous inspire, vous pouvez parfaitement remplir ce genre de fiches, vous trouverez des tonnes de modèles sur internet. Mais personnellement, je suis une feignasse, et ces fiches me bloquent immédiatement. Je préfère définir quelques traits de base pour mes personnages, et ensuite les utiliser pour inventer les détails nécessaires au moment où j’en ai besoin dans l’histoire.

Beaucoup d’éléments concernant le personnage principal sont optionnels et ne seront probablement pas évoqués au cours de l’histoire. Mon roman ne contient par exemple aucune description de mon héros, et si j’avais pu, je ne l’aurais même pas nommé (c’est possible à la première personne, mais ça aurait compliqué certains dialogues, et ça n’avait pas d’autre intérêt que de m’épargner l’effort de lui donner un nom^^).

Mais il y a une chose dont on ne peut pas se passer : un but (une motivation, un désir, etc, cette notion change de noms selon les auteurices).

La motivation du personnage va à la fois servir à diriger l’histoire, mais aussi à aider les lecteurices à s’identifier à lui/elle. L’objectif raconte beaucoup de choses sur le personnage, et orientera forcément ses actions.

  • Objectifs multiples

Rien n’empêche d’avoir plusieurs objectifs. En fait, c’est même conseillé. Votre héros peut avoir un objectif principal lié à votre intrigue (par exemple empêcher l’empereur maléfique de détruire le monde, ou dans le cas de mon roman aider une patiente), mais c’est intéressant de lui donner un autre objectif, la motivation qui le.la poussait avant que sa vie ne soit bouleversé par l’intrigue principale. Cette seconde motivation donnera de la profondeur au personnage, et une personnalité plus détaillée que juste « détective amateur », « héros », « love interest« .

L’héroïne qui cherche à défaire l’empereur maléfique pourra rêver de posséder sa propre forge (et idéalement elle utilisera ses talents de forgeronne pour battre l’empereur !).

Pour mon roman, j’aurais pu choisir une motivation comme « trouver l’âme-soeur » ou « écrire un article validé par ses pairs ». Ces idées m’auraient permis de renforcer mon personnage et de diriger mes intrigues secondaires.

Arc du personnage

La deuxième notion qui va guider votre histoire sera l’arc narratif de votre personnage principal.

A part quelques exceptions bien précises, les histoires qui passionnent le public sont celles où le personnage principal évolue, où il/elle apprend (ou non) une leçon importante.

  • Désir vs. besoin

Quand on parle d’évolution d’un personnage, on ne parle pas de sa situation physique (richesse, statut, puissance physique), même si l’évolution psychologique du personnage peut s’accompagner de changements de ce genre.

En général, le personnage présente une faiblesse, un défaut au début de l’histoire, qu’il doit surmonter avant la fin. S’il ne surmonte pas ce défaut, on assistera à sa déchéance.

John Truby en particulier, auteur de l’incontournable « Anatomie du Scénario » (sur lequel j’ai écrit un article détaillé), différencie le désir du personnage (ce que j’appelle la motivation), du besoin. Le personnage n’a pas conscience du besoin au début de l’histoire, et c’est ce qui l’empêche d’atteindre ses objectifs.

Pour mon roman, j’aurais pu décider de faire de mon héros un ambitieux qui cherche à résoudre les cas seulement pour recevoir la reconnaissance de ses pairs. Son désir aurait donc été de publier un article dans une célèbre revue de psychiatrie. Son besoin dans ce cas aurait été d’apprendre à considérer sa patiente comme un humain et non un « cas », pour la comprendre et réussir à l’aider. Rien qu’avec ces deux phrases, on a déjà une idée de l’histoire, et une idée beaucoup plus précise que « c’est un psychiatre qui va aider une patiente ».

  • Impact sur l’intrigue

La notion d’arc du personnage a un impact direct sur l’histoire.

  • En effet il faut :
    • Établir dès le départ la faiblesse du personnage
    • Montrer le personnage qui échoue à cause de cette faiblesse
    • Pousser le personnage à identifier cette faiblesse
    • Montrer le personnage la surpassant

L’évolution du personnage donne immédiatement une structure à votre récit, avec des jalons importants (mais moins restrictifs que beaucoup de structures toutes faites).

  • Sentiment de progression

Plus important, l’arc du personnage donne un sentiment de progression qui peut manquer dans certains types d’histoires. Dans une enquête par exemple, la progression est nette : le personnage saute d’indice en indice vers la découverte du coupable, et le lecteur a l’impression que l’histoire avance. Dans certains genres plus… contemplatifs, ce sentiment de progression est plus difficile à obtenir et c’est là que l’arc du personnage est indispensable. Si le personnage ne change pas au cours de l’histoire, le lecteur aura l’impression d’avoir perdu son temps, d’avoir lu une suite de scènes sans but ni sens (ça peut être un choix, mais il faut que ce soit une décision consciente avec un but artistique/philosophique/etc derrière).

Conflits

Le conflit, la troisième notion, est aussi l’outil principal de l’auteurice.

Le conflit, c’est ce qui pousse les lecteurices à tourner chaque page. Théoriquement, il en faut à chaque chapitre, pour ne pas dire à chaque paragraphe.

Mais attention, quand on parle de conflit, ça ne veut pas forcément dire un combat entre des personnages, ni même une violente dispute. Les conflits, ce sont tous les obstacles qui vont se présenter au personnage. Ça peut être effectivement un combat, ou des problèmes d’argent, ou même un truc banal comme un malaise voyageur dans le métro que prend votre héroïne pour passer l’entretien pour le job de ses rêves…

Les conflits peuvent prendre plusieurs formes :

  • Antagoniste

Les antagonistes sont des sources évidentes de conflits, en particulier dans le policier ou dans la fantasy. Forcément lorsqu’on a sur les bras un empereur maléfique qui veut détruire l’univers, pas besoin de chercher le conflit très loin. Pareil, pour mon roman, avec un serial killer dans mon histoire, je n’ai pas eu de mal à introduire du suspens, avec du chantage, des tentatives de meurtre, des cadavres frais, etc…

Mais votre antagoniste n’a pas besoin d’avoir une tenue toute noire, des cornes et un rire machiavélique. Il ou elle n’a même pas besoin d’être « méchant.e ». Ça peut-être un collègue qui vise le même poste, un parent qui veut pousser votre héroïne dans une carrière prédéfinie, etc…

Dans la première version de mon roman, j’avais un personnage parfait pour jouer l’antagoniste : une collègue hypocrite et insupportable, qui aurait pu s’opposer au héros de plusieurs manières. Par exemple, en gardant le thème de la guérison par la danse, elle aurait pu essayer de lui faire perdre le financement pour faire venir un prof de danse pour l’art-thérapie. Ou essayer de lui retirer la patiente (conflit classique dans les séries policières américaines où les différentes agences se tirent dans les pattes). Ou monopoliser la salle dont il a besoin, etc…

  • Obstacles

La source du conflit n’est pas forcément un antagoniste. Il peut simplement s’agir d’évènements qui se mettent en travers de la route de notre personnage principal. Ça peut être un pont effondré sur le trajet prévu par l’héroïne dans sa quête épique. Ça peut aussi être un pigeon qui fiente sur le costume du héros alors qu’il se rend à un rendez-vous avec l’élue de son cœur…Pour mon roman, par exemple, j’aurais pu imposer à mon héros un article à écrire avec une deadline très serrée, ou une chute de sa patiente qui l’aurait empêchée de danser, etc…

Une remarque au passage : pour mettre des obstacles sur le chemin de votre personnage principal, encore faut-il savoir ce que celui-ci essaie d’accomplir. D’où l’intérêt d’avoir établi des motivations à votre personnage ! A partir du moment où vous connaissez son but, il devient facile de lui mettre des bâtons dans les roues… Mouahaha

En résumé

En plus de votre concept de base, vous pouvez facilement construire votre roman en trois étapes :

  • D’abord, donner une motivation solide à votre personnage principal, qui va à la fois lui donner une personnalité et orienter ses actes et ses décisions.
  • Ensuite déterminer les faiblesses qui l’empêchent d’atteindre son objectif, et intégrer son évolution psychologique dans l’histoire
  • Et dans le doute, lui jeter des bâtons dans les roues à chaque tournant…

Si j’avais réfléchi à ces trois points en commençant mon roman, j’aurais réussi à écrire une histoire basée seulement sur l’évolution de la relation entre mes deux personnages. Je n’aurais pas eu besoin de rajouter un serial killer pour me donner une ligne directrice.

Et vous, avez-vous déjà changé radicalement d’intrigue en cours de route ? Vous débattez-vous avec ces notions, ou est-ce au contraire une évidence ? Dites-nous tout !

NB : j’ai découvert le terme « auteurice » (pour « auteur ou autrice ») sur Twitter, et je trouve ça plutôt mignon, donc voilà, j’essaie^^

2 réflexions au sujet de “Au secours, j’ai pas d’intrigue !”

  1. Géniales toutes tes idées ! Je me suis reconnue dès le premier paragraphe. J’ai des persos, un univers, même un dialogue de fin mais … il me manque ce fameux « twist » qui fait qu’on s’accroche au roman. J’ai pris des notes et je m’en vais donc tester quelques uns de tes conseils.
    Belle journée

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