Je progresse

Ce que j’ai appris sur l’écriture… en dessinant

Je reviens enfin de mon hiatus avec un article sur … le dessin. Oui, je fais ce que je peux^^. Mais promis, je parle d’écriture quand même, parce que je ne peux pas m’empêcher d’apprendre, de toutes les manières que je trouve.

 

Mais pourquoi elle nous parle de dessin ?

Pour être franche, ça fait quelques mois que je n’ai pas écrit (à part des mails interminables à ma meilleure amie, coucou jumelle karmique si tu me lis^^), ni même eu envie de penser à l’écriture.

Entre un projet personnel qui a aspiré à peu près toute l’énergie mentale dont je disposais depuis le début de l’année, une impossibilité à me projeter dans l’avenir (pourquoi faire des plans quand on peut être reconfinés la semaine prochaine ?), et les deux refus supplémentaires que j’ai reçu pour La Muse aphone, je n’ai tout simplement pas envie d’écrire. D’autant moins que Rêveuse, le roman que je suis censée corriger maintenant, traite de sujets qui me sont très chers, mais aussi un peu trop douloureux dans l’immédiat.

Je sais que je ne devrais pas me décourager pour deux refus supplémentaires. Je sais aussi que même si mon premier roman est effectivement à mettre à la poubelle, le prochain sera meilleur et le suivant encore mieux, etc, et qu’il faut donc que je continue à écrire si je veux m’améliorer. Mais pour le moment, j’ai utilisé tout mon courage et toute mon énergie pour autre chose, et je ne me sens même pas coupable de ne pas écrire. 

Mais je compte bien recommencer, un jour, et cet article est un premier pas dans cette direction…

Malgré tout, j’ai besoin d’une activité créative dans ma vie, et je me suis récemment mise à dessiner un peu. Et je n’ai pas pu m’empêcher d’en tirer des enseignements sur l’écriture… Que voulez-vous, on ne se refait pas.

On peut apprendre à écrire

Alors oui, ce n’est pas une découverte, puisque c’est en quelque sorte la thèse de mon blog, mais m’intéresser au dessin n’a fait que renforcer ma conviction qu’écrire, tout comme dessiner, est un apprentissage.
On ne se met pas à dessiner bien miraculeusement, les gens dont vous vous dites « mon dieu il/elle dessine trop bien, je ne pourrai jamais » sont simplement des gens qui aiment dessiner, et donc dessinent, et donc mécaniquement progressent, ne serait-ce que par la quantité (petite pensée à mon papa qui se plaignait de dessiner mal pendant nos vacances en famille^^).
J’ai pu le constater concrètement, de moi-même : j’ai un niveau de débutante (je n’ai pas dessiné depuis le collège ou le lycée, où je gribouillais dans les marges quand je m’ennuyais), et je me vois littéralement progresser à chaque nouveau dessin. Pourtant je ne dessine pas tous les jours, loin de là (même pas toutes les semaines), mais j’ai déjà fait des progrès énormes en quelques mois, et une trentaine de dessins au maximum. Et autant cela peut être frustrant de se trouver mauvais.e au début, autant c’est agréable de voir les améliorations littéralement du jour au lendemain parfois…
Justement en dessin la progression est plus nette, déjà parce qu’on peut embrasser, et juger, un dessin d’un seul regard, sans avoir à lire pendant des heures, mais aussi parce qu’il y a des bases techniques plus évidentes. Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas là en écriture, simplement qu’elles sont moins visibles.

Les bienfaits des formats courts

En lien avec cette idée d’apprentissage, le dessin m’a permis d’apprécier les formats courts.
Avec un dessin, on progresse vite parce qu’on peut facilement tester une technique, un sujet, et passer à la suite. Par exemple, se dire « ce soir, je dessine à l’encre ». Ou « ce soir, je dessine un animal ». Ou « je dessine en style comics ou réaliste ». D’ailleurs, naturellement en tant que débutant.e, on dessinera un animal ou une fleur, et pas forcément un paysage complet avec 15 animaux, une maison, une forêt, une rivière, etc… En tout cas, j’ai essayé mais je me suis vite rendu compte que c’était trop difficile, et que je progressais plus en me concentrant sur un élément, et si possible un élément simple : un seul objet, un seul sujet à la fois. C’est aussi ce que la plupart des dessinateurices ont l’air de conseiller : par exemple commencer par apprendre à dessiner les ombres sur un cube ou un oeuf avant d’essayer une forme plus complexe (on revient sur la notion d’exercice ensuite).
Quand on écrit un roman, on se lance dans un projet au très long cours, et en chemin on perd cette capacité hyper instructive à simplement tester quelque chose, voir ce que ça donne, en tirer les leçons appropriées et passer à la suite.
Je sais que beaucoup d’auteurices prêchent que pour savoir écrire un roman, il faut écrire des romans, que c’est un talent distinct d’écrire une nouvelle par exemple (et je suis tout à fait d’accord, écrire un roman est un travail bien spécifique, en terme de structure, en terme de processus et de discipline, en terme de rythme, etc), mais cela ne veut pas dire qu’écrire une nouvelle n’est pas instructif. Savoir écrire une description évocatrice ou un dialogue rythmé par exemple sera utilisé dans les deux cas, maitriser les différents points de vue ou le sacrosaint « show don’t tell » également.

Dessiner me donne envie d’écrire plus de nouvelles, simplement pour pouvoir expérimenter. Par exemple, changer de point de vue ou de temps, tester un genre littéraire différent, un ton ou une atmosphère nouvelle, etc…
Un format plus court donne plus de liberté, puisqu’on ne s’engage pas pour des mois, voir des années de travail. Et en prime, c’est aussi plus facile de reprendre son texte et d’en analyser ses points faibles, ses points forts et donc d’en tirer des leçons.
Il y a aussi quelque chose d’assez libérateur de ne s’engager sur un projet que pour une courte durée, une seule soirée par exemple.
Bref, j’ai envie de me mettre aux formats courts, d’ailleurs peut-être plus courts que des nouvelles (qui dans mon cas passent rarement en dessous de 10 000 mots, ce qui est déjà… long).

Et les exercices, on en parle ?

Ce qui m’a frappé en regardant des conseils sur le dessin, c’est la prévalence des exercices dans son apprentissage. Et parfois d’exercices d’une « simplicité » étonnante : par exemple, s’entraîner à relier deux points d’un seul mouvement de crayon. Ou couvrir des pages et des pages de traits réguliers, de même taille et même écartement. Pour les exercices un peu plus complexes, on aura par exemple : tracer un cube sous tous les angles, être capable de dessiner l’ombre sur un cube ou une sphère, etc. Il est également fortement conseillé de pratiquer régulièrement le dessin gestuel, un exercice qui consiste à tracer, très rapidement la « gestuelle » de la pose d’un modèle vivant ou photographié. J’imagine que tout.e.s les débutant.e.s ne pratiquent pas forcément ces exercices, mais ils ont l’air d’être largement recommandés et largement utilisés.
Et effectivement, le dessin a un aspect « technique » qui est assez évident, on comprend qu’il faut savoir maîtriser son trait, ou que si on ne comprend pas la perspective ou les ombres sur une forme simple, on ne sera pas capable de l’appliquer sur une structure complexe.
En écriture, bien sûr on parle d’exercices aussi, mais plus comme une curiosité qu’autre chose, je trouve. Je ne suis pas sûre d’avoir déjà vu beaucoup de livres de conseil d’écriture pousser la pratique des exercices d’écriture. C’est sûrement beaucoup plus le cas dans des ateliers/cours (mais j’avoue ne jamais avoir testé ce genre d’événement).
Pourtant, l’écriture a ses aspects techniques également, et il est surement utile de les travailler de manière précise. Et ça rejoint le point précédent, les formats courts, voire très courts sont tout indiqués pour ce genre d’exercices.
Personnellement, j’ai envie de me faire une liste de mes points faibles (par exemple, les descriptions des personnages), et d’essayer de me construire des exercices pour les travailler.
Ça pourrait être un sujet pour mon prochain article…

Prendre ses distances avec la réalité

Pour l’instant, je dessine surtout à partir de photos ou de ce qui se trouve sous mes yeux. J’ai une mémoire visuelle lamentable et je suis à peu près incapable de me représenter mentalement un objet ou une personne de manière précise (ce qui explique aussi ma faiblesse niveau description, quelque part je ne m’intéresse pas assez à l’aspect visuel des choses, ni pour m’en souvenir, ni pour faire l’effort de le décrire…).
Mais en observant la vidéo d’un dessinateur représenter un paysage à partir d’une photo et commenter ce qu’il faisait, je me suis rendu compte d’une règle importante dans le dessin : il ne faut pas essayer de représenter exactement la réalité. C’est à la fois trop compliqué et pas suffisamment intéressant ou clair, ou beau.
L’artiste en question avait retiré du paysage des éléments qui ne lui plaisaient pas (une voiture garée sur le bas-côté, ou un poteau électrique disgracieux). Un autre artiste qui parlait de perspective conseillait de modifier la conception de la maison qu’il représentait pour faire en sorte que la clôture de la maison ne soit pas alignée avec un autre élément du décor. Sur la photo, ces deux éléments étaient alignés, mais en dessinant, l’artiste les avait décalé, pour qu’ils soient clairement différenciés et que le dessin soit plus lisible. Le dernier exemple est celui des postures : un des dessinateurs conseillait d’utiliser spécifiquement des photos faites pour le dessin comme référence, plutôt qu’une photo lambda prise sur internet, parce que dans ces photos, la posture du modèle est volontairement exagérée, ce qui rend le dessin beaucoup plus dynamique, même si une vraie personne ne se tiendrait pas forcément de cette manière pour accomplir la même action dans la vraie vie. Ce dernier conseil, je l’ai d’ailleurs testé par moi-même, quand j’ai voulu dessiner une personne jouant avec un dauphin. La photo dont je m’étais inspirée au départ représentait une vraie dresseuse, et mon dessin était super rigide (si ce n’est franchement moche). Pour l’essai suivant, je me suis basée sur un référentiel de photos pour dessinateurices, et le résultat était instantanément meilleur. Pourtant, c’était littéralement 30 minutes plus tard, mon niveau de dessin n’avait pas eu le temps d’évoluer entre temps.

En écriture, cette distanciation se fait très facilement dans certains domaines. Par exemple les personnages seront facilement plus beaux, plus forts, plus courageux que dans la réalité, et leurs vies pleines de rebondissements, de coïncidences, etc… De ce côté-là, je pense que peu d’auteurices ont besoin d’encouragements^^. Mais il y a des domaines où c’est moins évident.
Je pense par exemple aux dialogues : les dialogues ne doivent PAS être fidèles à la réalité, parce que personne n’a envie de lire 40 « euh », 25 « en fait » et 72 « donc », ni de se taper 3 pages de discussions sur la météo ou de « ça va ? » « oui et toi, ça va ? » « oui mais j’ai encore un peu mal au dos ».
C’est une leçon qui n’est pas forcément facile à appliquer, parce que quelque part on a l’impression de tricher en n’étant pas fidèle à la réalité. Mais l’objectif de l’art n’est pas d’être une copie exacte (sinon on prend une photo, et encore, la photo a aussi ses artifices), mais une interprétation de la réalité, une interprétation qui en fait quelque chose de beau ou de touchant, ou de marquant.
L’important ce n’est pas de faire une représentation exacte de la réalité, mais de donner au lecteur (ou à la spectatrice) l’illusion de la réalité. Et ça ce n’est pas de la triche, c’est de l’art (c’est beau ce que je dis hein ?^^).
Tout ça pour dire que ce n’est pas la peine de décrire la journée de votre héros ou de votre héroïne par le menu, en décrivant la couleur des chaussettes qu’il a choisi ou les céréales qu’elle a pris pour le petit déj, s’il ne se passe rien de significatif, on peut très bien s’en passer…

Le plaisir d’expérimenter et créer sans pression

Est-ce que vous avez déjà testé un nouveau hobby créatif, que vous n’aviez jamais pratiqué et pour lequel vous ne pensez pas avoir de talent, et est-ce que vous avez déjà ressenti cette liberté folle de pouvoir faire n’importe quoi, comme ça, pour le plaisir ?
C’est ce que je ressens pour le dessin, je m’y suis mise comme ça (je ne sais même pas pourquoi, j’ai dû voir une vidéo de quelqu’un qui dessinait et j’ai dû me dire « pourquoi pas »), et c’est extrêmement relaxant et libérateur.
Quand on n’a aucune attente de qualité sur ce qu’on produit, on peut se permettre de tester des choses, juste pour le fun, juste pour voir. Et parfois c’est une catastrophe, et parfois on est agréablement surpris.e…
Ce n’est qu’à moitié une surprise pour moi. Au départ, c’est un peu de cette manière que j’ai pratiqué l’écriture. J’avais envie d’écrire un roman, par curiosité, pour moi, et j’ai refusé de me fixer plus d’objectifs que ça (et a posteriori je suis très contente de cette décision).
Ça s’est compliqué depuis que, après avoir bien travaillé et retravaillé, et peaufiné mon roman, j’ai décidé d’essayer de l’envoyer à des maisons d’édition. En surface, rien n’a changé, mais chercher une maison d’édition implique de se demander « est-ce que ce que j’écris est bon ? ». Et mon petit cerveau hyperactif saute beaucoup trop facilement de « j’ai reçu une quinzaine de refus » à « ce que j’écris est nul » à « ça ne sert à rien que j’écrive » (avec parfois l’étape bonus « je n’ai aucune valeur en tant qu’être humain », tant qu’à faire^^). On peut facilement se priver des deux dernières étapes et même de la précédente, parce qu’il y a un sacré spectre entre « nul » et « commercialisable au plus large public possible ».
Et paradoxalement, je sais bien que personne ne m’achètera le moindre dessin (et encore moins 10 000 exemplaires d’un de mes dessins), et pourtant, ça ne m’empêche pas de dessiner, de m’amuser, et finalement de faire preuve de plus de créativité que si je cherchais à dessiner « sérieusement ». Pour pouvoir créer librement, il faut accepter de mettre son ego, ses attentes, sa peur du jugement de côté. Et ce n’est pas toujours facile.
Donc en résumé, si vous êtes en plein blocage d’écriture, que vous vous sentez nul.l.e ou en panne d’inspiration, lancez-vous dans une activité créative à laquelle vous ne connaissez strictement rien, et éclatez-vous…

Et on verra si le dessin me fait revenir à l’écriture…

Et vous, est-ce que vous vous êtes déjà lancé dans un nouveau hobby de cette manière, sans pression et sans prétention ? Quel genre de hobby ?

2 réflexions au sujet de “Ce que j’ai appris sur l’écriture… en dessinant”

  1. Coucou Hiéra ! Ça fait plaisir de te retrouver, avec un article très intéressant comme toujours 🙂 Je m’y connais très mal en technique et en apprentissage du dessin, j’ai un peu gribouillé à une époque (surtout en copiant des images) mais je ne m’y suis jamais mise sérieusement et je n’aime pas assez ça pour y consacrer le temps qu’il faudrait.
    Comme livre sur l’écriture qui propose des exercices, tu as « Ateliers d’écriture » de Martin Winckler (oui, effectivement, il s’appuie sur les ateliers qu’il a animés…). J’avoue ne pas les avoir encore mis en pratique. Mais je devrais.
    Sinon moi mon hobby du moment c’est la couture, je réussis quand même à me mettre la pression (parce que si je fais des erreurs ou si je gâche du tissu, je suis nulle et je suis un être humain indigne, c’est logique), mais c’est vachement sympa de produire quelque chose de concret !
    Bon courage pour te remettre à l’écriture, j’espère que tu en retrouveras le goût

  2. Salut Hiéra,
    Je comprends tout à fait la difficulté face au refus, j’en suis à peu près au même point (plein de refus ou d’absence de réponses qui équivaut à des refus…).
    C’est rigolo, mais j’ai commencé à écrire des nouvelles justement en me disant que je me ferrai la main. Au final, c’est plaisant d’avoir une vue globale du texte au bout de quelques mois à peine, et surtout de pouvoir évaluer le moment où on a fait le mieux de nos possibilités. De terminer quelque chose, en fait.
    En plus, le fait d’être sur d’autres projets facilite (un tout petit peu ^^) l’acceptation face à un refus d’une maison d’édition.

    Perso, je tricote un peu, des écharpes et des bonnets pour enfants. C’est mon hobby sans pression ; j’ai une echarpe gryffondor en cours de progression depuis à peu près un an 😀

    J’ai trouvé très interessant le passage sur l’art et la réalité, où le premier n’est qu’une représentation du deuxième. Après, il me semble que la vraissemblance est plus importante que la « réalité », surtout dans l’écriture.

    Je te souhaite bien du courage face aux refus, et j’espère que tu trouveras la voie/voix qui te correspondra le mieux 🙂

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