Je progresse

La philosophie Ratatouille : tout le monde peut écrire

Petite sourisAujourd’hui, j’aimerais parler d’une idée importante, qui est d’ailleurs une de mes motivations pour me lancer dans ce blog : on peut apprendre à écrire.
Beaucoup d’entre vous ont du voir le film « Ratatouille » : l’histoire d’un petit rat qui, contre l’avis de tous (rats et humains), décide de suivre sa passion et de devenir cuisinier. Malgré sa petite taille, Ratatouille devient bien sûr un grand chef et prouve à tous la philosophie de son idole : « Tout le monde peut cuisiner ». Ce n’est peut-être pas le Disney le plus révolutionnaire, mais il souligne de manière intéressante les préjugés attachés à certaines activités ou professions, et comment ces préjugés peuvent décourager des vocations et s’auto-renforcer (quelle femme voudrait être mécano ? Ou mathématicienne ?)
A l’écriture aussi sont rattachés beaucoup de mythes et de préjugés : dans l’imaginaire collectif, les écrivains sont des êtres à part, touchés par les Muses, nés avec le Talent, une plume entre les doigts. On est écrivain ou on ne l’est pas. Pourtant, on n’attend pas d’un musicien prodige qu’il sache jouer de son instrument sans pratiquer plusieurs heures par jour, tous les jours, mais l’écrivain par contre devrait pouvoir écrire un chef d’oeuvre comme ça, du premier coup…
La vérité c’est que l’écriture, comme toutes les activités artistiques, est composée de 10% de talent et 90% de technique et de pratique (pourcentages non contractuels…). Tout le monde peut écrire. Tout le monde n’est pas Zola, mais n’importe qui peut écrire un roman. Du moment qu’il/elle est prêt.e à investir les centaines d’heures nécessaires pour travailler la qualité de sa prose, la structure romanesque, le développement des personnages, etc, etc…
Facile, non ?

Une philosophie américaine ?

Avertissement : ce qui suit est une théorie, théorie que je ne peux étayer que par mes propres observations. Je ne pense pas pouvoir trouver de financement pour lancer une thèse sur le sujet, il faudra donc se contenter de mes élucubrations…
A priori, cette philosophie qui fait de l’écriture un « artisanat » (donc avec des règles, des techniques, etc) plus qu’un art nous vient principalement des Etats-Unis.
Première observation : aux US, on considère que l’écriture est une discipline qui s’enseigne. Une des questions les plus posées aux écrivains américains est « faut-il obligatoirement un MFA (Master of Fine Arts) en création littéraire pour devenir écrivain ? ». En France, je ne sais pas vous, mais je n’ai jamais entendu parler « d’études pour devenir écrivain » pendant ma scolarité. Dans la pratique, il existe quelques Masters de création littéraire français, mais la plupart ont l’air très récents (celui de Paris 8 par exemple n’existe que depuis 2013).  Aux USA cette année, il y a 148 masters ouverts, sans compter tous les cours, formations et autres MOOC hors cursus classiques.
En plus de l’aspect académique, l’apprentissage de l’écriture est une véritable industrie aux USA, entre les innombrables manuels prétendant détenir la formule absolue du best-seller, les stages, les cours en ligne, etc. Les livres sur l’écriture abondent. A côté de ça, je n’ai encore jamais localisé de rayon dédié dans une librairie française, alors que je peux dénicher facilement 10 guides sur le tricot, la sculpture sur bois ou la course à pied.
Les écrivains et internautes anglophones sont nombreux à partager leurs conseils. Il y a des myriades de forums, de blogs et de sites sur le thème de l’écriture. Il y a même des sites spécialisés sur des sujets aussi précis que sur le fait de dénicher un agent.
Bien sûr, la prévalence de cette « philosophie » aux USA n’est pas vraiment quantifiable, il pourrait simplement y avoir plus de guides, plus de blogs, etc parce qu’il y a infiniment plus d’anglophones sur internet. Je pense quand même ( c’est mon avis et je le partage, comme dirait Desproges) qu’il y a une réelle différence de point de vue sur l’écriture, avec une base culturelle.
Une grande partie de l’histoire des USA est basée sur le culte du Self-Made Man, et les américains ont une passion pour les Success Story. Toute leur philosophie est basée sur l’idée que tout personne, avec assez de travail, d’ingéniosité et de persévération peut faire fortune. Et cette philosophie se retrouve dans l’écriture, et dans l’admiration sans borne que certains écrivains, tels que Stephen King, peuvent recevoir. La fascination pour les Self-Made Men, hissés au sommet par leur seule force de caractère est bien moindre en France, où on préfère conserver un certain idéal à base de « talent ».
 
NB : Je suis tombée a postériori sur cette vidéo de Martin Winckler qui parle lui aussi du fait qu’il n’y a qu’en France qu’on pense que l’écriture ne s’apprend pas, et que cette idée est au contraire très répandue dans les pays anglo-saxons. Je ne suis donc pas folle !

Mon expérience

De mon côté, je ne suis pas (encore !) une sommité littéraire, mais cette idée d’écriture en tant qu’artisanat avant d’être un art me parait à la fois logique et en accord avec ma propre expérience. Encore une fois, on attend d’un danseur ou d’un musicien des heures et des heures de travail technique et de pratique, pourquoi un auteur serait-il différent ?
Et j’ai pu constater de première main, qu’on pouvait s’améliorer en écrivant plus.
Avant de commencer à écrire « sérieusement », j’étais persuadée de ne pas être objectivement « douée » pour l’écriture. Je pensais avoir des facilités au niveau du style (j’ai changé d’avis depuis…), dues à mes habitudes de lectrice, mais je pensais surtout être trop limitée, niveau imagination. Je ne manque pas d’idées, mais je n’ai jamais été du genre à inventer spontanément des créatures extraordinaires ou des mondes fantastiques.
Pour commencer, ce n’est pas une vraie limitation puisque pour l’instant j’écris un roman policier contemporain, pour lequel je n’ai pas vraiment besoin de réinventer la faune et la flore. Ensuite, et c’est un mantra que j’ai vu répété par beaucoup d’auteurs, comme Brandon Sanderson par exemple : une idée ne fait pas un roman. Tout le monde a des tonnes d’idées. L’important, et le plus difficile, c’est la réalisation. Réussir à aligner les milliers de mots nécessaire, créer des personnages intéressants, doser le rythme de la narration, construire une intrigue cohérente et passionnante, etc, etc… c’est ça la difficulté. Et tout cela, ça s’apprend, et ça se travaille. Certains des romans les plus célèbres ont des concepts très simples. Orgueil et préjugés : une homme et une femme, qui se sont détestés au premier regard, apprennent à surmonter leurs préjugés pour tomber amoureux l’un de l’autre. Oula la la, quelle originalité… Pourtant c’est un classique.

La découverte : NaNoWrimo

Donc j’étais persuadée de ne pas avoir l’imagination suffisante, mais j’étais quand même curieuse du processus. Ma première participation à NaNoWriMo m’a convaincue : 1) que j’avais beaucoup de choses à apprendre et 2) que j’étais capable de les apprendre, en écrivant plus.
Pour ceux qui ne connaissent pas, NaNoWrimo est un challenge où tous les participants essaient d’écrire 50 000 mots (ou plus !) au cours du seul mois de novembre. Ce n’est pas un concours, il n’y a pas de prix, ni de publication. C’est une sorte de marathon dont on ressort avec la satisfaction d’avoir atteint son objectif (et éventuellement quelques réductions sur des goodies). 50 000 mots c’est énorme. Pour vous donner une idée, ma moyenne est à la louche de 800 mots par heure, ce qui, converti en heures fait …. beaucoup trop (62.5 heures me souffle ma calculatrice). En un mois. J’ai participé par curiosité, et pour essayer de me motiver à écrire plus qu’une fois par trimestre. Et j’ai réussi ! Et non seulement ma qualité d’écriture n’en a pas pâti, mais ce que j’ai écrit pendant ce mois de novembre était même meilleur que tout ce que j’avais écrit jusque là. Le fait de pratiquer régulièrement (plusieurs heures par jour…) et de réfléchir sérieusement à ce que j’écrivais et comment je l’écrivais m’a fait progresser sensiblement en un seul mois.
Nanowrimo a aussi un forum incroyablement développé, plein de questions sur l’écriture, de conseils divers et de gens qui partagent leur expérience. En lisant sur ce forum, et en lisant les livres et blogs qui étaient référencés, j’ai appris des tonnes de choses. Choses que je ne vais pas lister dans cet article, sinon on va y passer la nuit, mais dont je compte bien parler bientôt.. Par contre, que ce soit pour une raison de nombre, ou une question de philosophie comme j’en parlé, on trouve principalement des ressources en anglais sur internet et ailleurs, et je risque  donc de parler principalement d’auteurs anglophones, en employant des concepts en anglais (que je ferais un effort pour traduire en français, promis !). Sorry…

Conséquence numéro 1 : au boulot !

Il y a une conséquence très directe à tout ça : si l’écriture n’est pas seulement le fruit du talent distribué par une muse capricieuse, ça veut dire que si vous voulez écrire, vous pouvez écrire !
Ça veut surtout dire qu’il faut se bouger le cul pour le faire, excusez-moi du vocabulaire. Que le seul moyen de progresser, c’est d’écrire, et pas seulement une fois de temps en temps quand l’inspiration frappe. Il faut écrire tous les jours !
Je vous le dit tout de suite, je n’applique pas moi même ce précepte…
Pour l’instant, je n’ai pas réussi à trouver le bon équilibre pour écrire tous les jours toute l’année, par contre, je sais que je suis capable de le faire pendant un mois d’affilée, plusieurs fois par an. Le format « NaNo » me convient bien : une période courte où je me concentre intensivement sur un projet.
En tout cas, la leçon la plus importante. c’est qu’un roman ne s’écrit pas tout seul, surtout si on attend l’inspiration divine. Pour avoir écrit un roman, il faut écrire. Et pour écrire un bon roman, il faut écrire beaucoup.

Conséquence numéro 2 : étudier, avec l’esprit critique

L’autre leçon majeure qui découle de cette notion « d’apprentissage » de l’écriture, c’est qu’il est utile de lire des conseils d’écriture, et c’est une de mes motivations pour commencer ce blog.
Par contre, il ne faut pas tout prendre pour parole d’évangile ! Chaque écrivain a un avis différent sur une myriade de questions, et ce qui est une formule magique pour l’un est totalement contre-productif pour l’autre. Il suffit de prendre l’opposition classique entre les « plotters » et les « pantsers », c’est à dire entre les écrivains qui préfèrent avoir un plan de leur roman avant de commencer à l’écrire et ceux qui pensent qu’un plan leur volera toute créativité. Chacun a son opinion. L’important, c’est de savoir que les deux options existent (avec une infinité de variation), et de pouvoir choisir ce qui nous convient le mieux…
A côté de ça, certains « manuels » d’écriture se transforment en livres de recette
 
Pour un bon best-seller :
  • saupoudrer d’une explosion à la page 12,
  • incorporer un triangle amoureux entre la page 45 et la page 67,
  • assaisonner avec un plot twist (retournement de situation) avant l’épilogue
J’ai lu un article (dont je ne me souviens plus le nom) qui détaillait la structure d’un roman en allant jusqu’à un détail phrase par phrase en insistant qu’il fallait utiliser une structure du type :
  • action d’un personnage
  • réaction émotionnelle du héros
  • action en réaction du héros
Avec une phrase par point, en recommençant à chaque fois… Sans aller jusque là, beaucoup de livres conseillent des structures narratives très contraignantes (la structure en trois actes comme au cinéma, la structure en 12 étapes du monomythe, etc). Ces « formules » peuvent aider un auteur à fixer l’intrigue de son roman, avec le risque d’avoir l’impression d’écrire toujours le même livre… Il y a largement de quoi débattre sur ce sujet.
Je vais d’ailleurs essayer d’écrire des articles sur les livres parlant d’écriture que j’ai lu, pour vous donner mon avis sur leur utilité et pour résumer ce que j’en ai retiré personnellement.

En résumé :

  • Écrivez !
  • Les conseils d’écriture, c’est pas que du flan
 
Et vous, lisez-vous des conseils d’écriture ? Avez-vous des auteurs à conseiller ? Êtes-vous plutôt Talent ou Travail ? Vous avez 4 heures…

2 réflexions au sujet de “La philosophie Ratatouille : tout le monde peut écrire”

  1. Très bel article.
    J’ai déjà essayé de mettre en place la structure du voyage du héros de manière brutale, en me forçant à faire rentrer dans des petites cases finalement c’était contre-productif. J’ai lu également un livre de Bob Mayer sur l’écriture : on sent bien le côté américain ou tout doit être bien en place ou seul le PLAN compte plus que la qualité. Après le côté français du pour écrire il faut avoir reçu la grâce divine d’une instance supérieure n’est pas tellement mieux.

    Pour avoir étudié l’art et fait de la danse classique pendant longtemps, je peux assurer que :
    -les préjugés dans l’art sont nombreux
    -il est presque impossible de convaincre les gens du contraire.
    En art, j’entendais souvent « les artistes sont des fainéants, ils se lèvent à midi bricolent trois coups de pinceaux sur une toile / filment leur copain de beuverie et c’est bon. Ils ne font rien de leur vie à part fumer et boire » En danse, j’entendais toujours « les danseuses de toute manière elles dansent 12 h par jour et elles ne mangent pas, c’est que de la discipline, elles ne s’amusent jamais. » Je crois que c’est plus facile pour les gens qui n’ont pas ce type de passion de croire qu’il faut soit être touché par une fée soit y passer sa vie 12h par jour tous les jours de l’année de 3 ans à 42 ans et ne rien faire d’autres. D’un côté, on imagine une vie facile contrairement aux gens qui vont travailler pour se nourrir et cela agace, de l’autre une vie de labeur qui ne fait envie à personne. Alors que dans un cas comme dans l’autre, et c’est valable pour l’écriture, il y a juste la passion.

    1. Je crois que la difficulté, c’est de trouver un équilibre. Être conscient que l’écriture, ça se travaille et qu’on peut s’améliorer, sans toutefois tomber dans la production à la chaine de bouquins ultra-qualibrés… C’est compliqué, mais ça vaut le coup !

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