Utile ou pas ?

Faut-il lire Save the cat ! de Blake Snyder ?

Aujourd’hui, je vous propose un nouvel article pour ma catégorie Utile ou pas ? dédié à la critique d’ouvrages sur l’écriture.

Vous pouvez retrouver les critiques précédentes ici :

Cette semaine, je m’attaque à Save the cat ! de Blake Snyder, que je me refuserai d’appeler par son titre français tout pourri…

Save the cat ! fait partie des livres les plus recommandés pour apprendre à écrire un roman… alors qu’il parle de cinéma ! Nous allons voir s’il mérite toute la publicité qu’on lui fait…

Titre français : Les règles élémentaires pour l’écriture d’un scénario
Titre original : Save the Cat! The Last Book on Screenwriting You’ll Ever Need
Auteur : Blake Snyder
Parution : 2005
Save the cat

Résumé

Snyder a choisi une approche chronologique de l’écriture d’un scénario. Chacune des parties de son livre décrit une étape de la création :

  • La « logline » : c’est une phrase accrocheuse qui décrit à elle-seule le concept du film. Pour Snyder, c’est la base de l’écriture du scénario.
  • L’intrigue : Snyder liste dix types d’intrigues (la quête de la Toison d’Or, le rite de passage, l’histoire d’amour, etc). Pour lui, la majorité des films rentre dans une de ces catégories.
  • Le protagoniste : après avoir défini le concept du film et le type d’intrigue, Snyder recommande de s’attarder sur le héros, auquel le spectateur doit pouvoir s’identifier, qui doit avoir des motivations solides et une vraie évolution.
  • La structure : Snyder définit une structure fixe de scénario en 15 étapes. Selon lui, ces étapes sont incontournables, et doivent même se produire à un nombre de pages bien précis dans le scénario (qui comptera typiquement 110 pages).
  • Le tableau : le tableau de Snyder est un outil visuel qui permet de planifier la structure de son roman. Il l’utilise pour décrire toutes les scènes qui devront entrer dans sa structure en 15 étapes et pour les réorganiser facilement.
  • Les règles : selon Snyder, le scénariste ne doit commencer la rédaction qu’une fois son plan achevé. Ensuite il doit appliquer un certain nombre de règles et d’astuces : ne pas trop attendre avant de faire démarrer l’histoire, introduire une menace bien réelle et de vrais enjeux, prévoir une évolution pour tous les personnages, etc…
  • Les erreurs classiques : après la phase d’écriture vient la phase de révision. Snyder liste donc quelques problèmes classiques qu’on peut trouver dans une première version d’un scénario : un héros trop inactif, des méchants pas assez méchants, des personnages indistinguables les uns des autres, des dialogues pas assez caractéristiques, etc..
  • La recherche d’agent : pour finir, Snyder donne quelques conseils sur la façon de dénicher un agent (conseils destinés à des scénaristes américains).

Save the cat ! en trois idées

  • Save the cat

Difficile de parler de Save the cat ! sans parler du conseil éponyme… Pour Snyder, il est indispensable d’avoir un héros auquel le public puisse s’identifier, s’attacher ou encourager. Même s’il s’agit d’un anti-héros, le spectateur doit avoir une raison de s’intéresser à ce personnage. Snyder conseille donc d’introduire dès le début une scène où le héros réalise une action qui va lui attirer la sympathie du spectateur, par exemple… sauver un chat.

  • Logline

L’objectif de Snyder est avant tout d’écrire un scénario qui se vende. Pour cela, il commence par décrire son scénario en une seule phrase qui doit contenir plusieurs éléments :

– une image claire et frappante du concept

– ce que Snyder appelle de l’ironie (une subversion des attentes envers le contexte décrit)

– une présentation du héros de l’antagoniste (en un nom et un adjectif)

– une idée de l’audience visée et du coût de réalisation du film

Exemple (Die Hard) : Un policier part à Los Angeles rendre visite à sa femme, dont il est séparé, quand elle est prise en otage par des terroristes dans le gratte-ciel du siège de son entreprise.

Le but de la logline est à la fois de pouvoir « vendre » rapidement le concept, mais aussi de le définir et de le travailler avant même de commencer à écrire le scénario. Snyder conseille d’ailleurs de tester sa logline sur des inconnus pour l’améliorer.

  • Structure

En plus de la logline, la méthode de Snyder est basée sur une structure très stricte et très chiffrée. Snyder divise un scénario en :

– 3 actes de respectivement 25, 50 et 25 pages. Le point médian du deuxième acte doit correspondre à la moitié du scénario

– 15 étapes majeures (l’image d’ouverture, l’introduction du thème, l’élément perturbateur, la présentation de l’intrigue secondaire, le moment où tout est perdu, le final, etc)

– 40 scènes, réparties entre les 3 actes (respectivement 10, 20, 10 scènes)

C’est effectivement une structure très courante au cinéma, dans laquelle on retrouve entre autres des éléments du Voyage du Héros, notamment la phase de « débat » dans laquelle le héros hésite à répondre à l’appel de l’aventure.

Venons en aux points faibles et aux points forts de Save the cat !…

Les Plus

  • Pédagogique

Save the cat ! est conçu comme une sorte de manuel scolaire pour scénariste débutant. Snyder inclut un résumé à la fin de chaque chapitre, et même des exercices. Toutes ses idées sont illustrées par des exemples tirés de films hollywoodiens. Par ailleurs, Save the cat ! présente une méthode simple et structurée pas à pas pour écrire un scénario. Le livre en lui-même est clair et facile à lire.

  • Crédible

Snyder est effectivement un scénariste réputé et son schéma s’applique à un grand nombre de films hollywoodiens, et pas seulement ses propres scénarios.

  • Divertissant

Save the cat ! est agréable à lire avec son franc-parler et ses exemples tirés du cinéma populaire. Snyder écrit avec un enthousiasme qui donne envie de tester ses méthodes et d’écrire un scénario, là, tout de suite.

Les Moins

  • Orienté cinéma

C’est un « défaut » évident de ce livre en tant qu’auteur.trice, Snyder s’adresse clairement aux scénaristes, et le cinéma est un art avec ses propres contraintes et ses propres conventions. Aucune question de style ne sera par exemple abordée, et l’emphase est mise sur l’aspect visuel. En plus de ça, la structure en trois actes est très codifiée pour le cinéma, beaucoup moins dans le cadre d’un roman. Ça ne veut pas dire que Save the cat ! est totalement inutile (sinon je ne vous en parlerai pas !). Tout ce qui concerne le storytelling (l’art de raconter des histoires) peut être transposé d’un média à l’autre : les personnages doivent avoir des motivations et des traits propres qu’ils soient écrits ou montrés, etc.

  • Très très commercial

Snyder ne le cache pas, son but est d’écrire des scénarios qui se vendent, pas des scénarios qui révolutionnent le cinéma. Il parle principalement de comédies familiales hollywoodiennes (et certainement pas de films d’auteur coréens) avec le but de toucher le plus large public possible. L’approche de Snyder est très mathématique, c’est une formule à appliquer, une sorte de casse-tête à résoudre pour faire rentrer un concept donné dans sa formule. Il n’y a aucune prétention artistique, peu de réflexion sur le fond et les thématiques, aucune volonté de remettre en cause les normes et les codes. Si vous cherchez à écrire le prochain chef-d’œuvre de la littérature française, vous risquez de grincer sérieusement des dents sur certains passages.

  • Quelques conseils discutables

La plupart des conseils de Snyder, même s’ils ne sont pas forcément révolutionnaires, m’ont paru intéressants, surtout pour des débutant.e.s. Quelques autres m’ont semblé plus anecdotiques et/ou plus discutables. Par exemple, Snyder insiste que l’intrigue doit être lancée le plus rapidement possible sous peine de perdre le spectateur. En soi, c’est plutôt un bon conseil, mais Snyder a l’air de penser que cette règle doit être appliquée à tout prix, citant comme mauvais élève Minority Report où le véritable enjeu pour le personnage est présenté assez tard. Dans mon souvenir, l’univers de ce film demande effectivement pas mal de présentation, mais c’est aussi un univers suffisamment passionnant pour que la présentation fasse partie du plaisir du film. Dans les règles à suivre absolument, Snyder conseille aussi de ne jamais impliquer la presse dans un scénario (à part si le film parle de la presse évidemment…). Ce conseil me parait assez pertinent dans certains contextes (certains films ont tout intérêt à rester à une échelle très locale pour garder leur cohérence), mais cela reste une règle très anecdotique présentée comme une vérité générale.

Ce que j’en retiens

Je n’ai pas appris grand chose de nouveau en lisant Save the cat ! La plupart des conseils sont assez généraux et pas spécialement originaux, et les rares qui sortent du lot faisaient plutôt partie de la catégorie « discutable » selon moi. En plus de cela, je ne suis pas fan du côté « formule ». Je considère effectivement l’écriture sous l’angle de l’artisanat (c’est à dire quelque chose qui peut s’apprendre, avec ses propres techniques, etc), mais cela ne veut pas dire que j’ai envie d’écrire des livres « à la chaine », tous sortis du même moule.

Malgré cela, j’ai apprécié la partie où Snyder décrit sa façon de planifier son scénario à l’aide d’un tableau et de cartes représentant chaque scène. Cette technique n’est pas non plus révolutionnaire (à moins que ce soit lui qui l’ait lancée), mais Snyder décrit cette étape de manière très ludique, et avec pas mal d’enthousiasme, et ça m’a donné envie d’essayer. Vu que je compte planifier mon prochain roman, il est possible que je fasse joujou avec des cartes (en vrai, ou sur mon PC : Scrivener a une option tableau virtuel).

Conclusion : utile ou pas ?

Encore une fois, je ne compte pas vous forcer ou vous empêcher de lire ce livre, juste vous donner des éléments pour décider si cela vous convient…

Pour commencer, Save the cat ! perd beaucoup d’intérêt si vous ne faites pas partie de la secte des « Architectes » qui planifient leur roman à l’avance. La quasi intégralité du livre vise à préparer au maximum son plan avant de commencer à écrire.

Si vous êtes très à cheval sur votre liberté artistique et si les formules toutes faites pour best-seller vous donnent la nausée, vous pouvez aussi passer votre chemin.

Par contre, si vous êtes débutant.e, un peu perdu.e, que vous cherchez une structure solide et éprouvée pour faire vos premiers pas dans l’écriture, Save the cat ! pourra certainement vous être utile. Pareil si vous avez vraiment envie de vendre des scénarios à Hollywood…

Et vous, avez-vous lu Save the cat ? Qu’en avez-vous pensé ?

8 réflexions au sujet de “Faut-il lire Save the cat ! de Blake Snyder ?”

  1. Effectivement, ce livre donne l’impression d’amener à produire des histoires hyper calibrées. Même moi, qui suis plutôt Architecte et aime me raccrocher à des structures qui ont fait leur preuve, je trouve son découpage en 15 étapes obligatoires un peu extrémiste ! Mais c’est vrai que ça peut être rassurant quand on débute. Si ça se trouve, je vais même me rendre compte que je suis les mêmes étapes sans faire exprès !

    Merci en tout cas pour ce résumé très intéressant !

    1. Je n’aime pas trop les « formules », ça doit réveiller en moi un côté rebelle^^. Ce qui m’a surtout frappé, en plus de son découpage en étapes très précises, c’est qu’il précise à quelles pages du scénario chaque étape doit survenir. Par exemple, l’élément perturbateur doit arriver à la page 12, le « moment où tout est perdu » à la page 75, etc. Avec un timing aussi précis, cela peut expliquer le sentiment de déjà-vu qu’on finit par ressentir au cinéma.
      Et ça pose des questions intéressantes sur ce qui est effectivement incontournable dans une histoire (il sera difficile de se passer d’élément perturbateur), et sur l’équilibre à tenir entre originalité et « efficacité »…

      1. Exactement, je me suis souvent demandé comment il serait possible d’écrire une histoire sans passer par la plupart de ces phases « obligées ». Alors oui, il arrive qu’on n’ait pas d’exposition et/ou pas vraiment de situation finale, mais c’est quand même bien rare, et comme tu dis les autres points de bascule paraissent assez inévitables si je me réfère aux histoires classiques.

  2. Mon tout premier livre sur la dramaturgie! Je l’aime beaucoup même s’il est vrai qu’il est très dogmatique mais c’est un peu le cas de la plupart des manuels de scénario. Pour moi, ce sont surtout des outils que l’on choisit d’utiliser ou non.

    Mais c’est vrai que je suis d’accord avec vous, la plupart des bons manuels sont conçus pour les scénaristes. Et ça pose problème parce que nous divisons en chapitres et eux en trois actes (même si au final, ça revient plus ou moins au même mais pour un débutant ça déroute).

    Merci pour cet article en tout cas!

    1. Je suis tout à fait d’accord sur le fait que ce sont des outils. Tous les livres que je lis sur l’écriture me pousse à réfléchir (même si c’est pour décider au final que je ne suis pas d’accord) et rien que ça me parait vraiment utile !
      Même si je ne suis pas fan du côté « formule », j’ai quand même apprécié ma lecture (et j’aime bien jeter un coup d’oeil sur ce qui se fait dans d’autres médias)

      1. Tiens d’ailleurs, je suis tombé sur un livre qui me semble pas mal. Le Wonderbook, tu connais? C’est en anglais mais il a une démarche qui m’a l’air très intéressante, c’est une sorte de cabinet de curiosités de l’écriture si j’ai bien compris (je n’en suis qu’au début).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.