Questionable Content volume 5
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Questionable content : illustration d’une progression

Quand on écrit un roman, le style littéraire, l’art de faire des phrases est important, mais c’est loin d’être le seul élément indispensable : il faut aussi savoir raconter une histoire, développer des personnages, donner vie à un univers, etc..

Et il se trouve que ses capacités ne sont pas l’apanage de l’écrivain, on les retrouve dans le cinéma, le jeu vidéo, la bd, la chanson etc… Étudier tous ces médias, et voir les différentes options qu’ils utilisent pour raconter des histoires, c’est très instructif pour un.e auteur.trice.

Et c’est surtout une bonne excuse pour parler d’un webcomic que j’aime bien !

Présentation :

Titre : Questionable Content

Genre : Webcomic

Langue : Anglais

Auteur : Jeph Jacques

Début : aout 2003 (5 publications par semaine)

Résumé :

Avec plus de 3700 planches sorties à ce jour, l’histoire est difficile à résumer simplement… Le webcomic est au départ centré autour du personnage de Marten, un jeune homme fan de rock indé et coincé dans un boulot qu’il ne lui plait pas. Marten rencontre ensuite la sarcastique Faye qui devient rapidement sa meilleure amie et colocataire. Faye travaille au café Coffee of Doom sur lequel est centré une partie de l’histoire. A première vue, Questionable Content est contemporain et réaliste, mais dès le début du comic Marten possède un mini robot doté de conscience. L’existence des robots devient de plus en plus présente au cours de la série et place Questionable Content dans une réalité alternative très proche de la notre mais avec des différences majeures dans le domaine de l’intelligence artificielle…

Questionnable Content est à la base un webcomic humoristique, mais qui traite tout de même au fur et à mesure de sujets complexes comme le suicide, l’identité sexuelle, l’alcoolisme ou la difficulté de vivre avec une maladie mentale.

Pourquoi c’est intéressant en tant qu’auteur :

La progression

Le plus impressionnant en lisant Questionable Content (plus de 3700 planches, ça prend un moment), c’est l’évolution évidente de l’auteur. Au départ, ce n’est pas en soi un mauvais comic, mais le dessin est encore hésitant et l’histoire a l’air très centrée sur les préoccupations de l’auteur : un jeune homme qui cherche l’amour et s’ennuie dans un travail qui ne lui convient pas. Sujet qui résonnera pour beaucoup de lecteurs, mais qui manque un peu d’originalité dans le traitement. Depuis 2003, non seulement Jeph Jacques s’est amélioré drastiquement au niveau technique (il a amélioré ses décors, ses personnages sont clairement différenciés, etc), mais son histoire est aussi beaucoup plus complexe, avec des personnages attachants et bien développés, qui évoluent au cours du temps.

Le jeu des 7 différences : comparez Marten et Faye entre la page 6 et 3738. Les différences sont subtiles, mais elles existent…

 

Le worldbuilding

Questionnable Content est presque entièrement basé sur l’évolution des relations entre les personnages. Il n’y a pas de meurtres, pas de quêtes à entreprendre, au fond très peu d’action. Pourtant, la composante SF prend de plus en plus de place dans l’histoire. L’existence des robots est explorée de manière intéressante. Il n’y a pas de grand panel explicatif (ou alors je l’ai oublié) relatant le début de l’existence des robots conscients, pas d’explication détaillée de leur relation avec les humains. Par contre, on découvre petit à petit les implications de leur existence : le fait qu’ils peuvent changer de corps pour des version plus ou moins évoluées par exemple. Jeph Jacques éparpille des détails qui rendent le monde plus vivant, comme le fait que les robots ne boivent pas mais aiment l’odeur du thé.

Il faut tout de même garder à l’esprit que le webcomic est un format très différent du roman qui lui donne le temps de disséminer les informations. Cela reste un très bon exemple de « comment ne pas assommer son lecteur avec une tonne d’information dont il n’a en fait pas besoin ». Un lecteur qui se pose des questions est un lecteur qui continuera à lire pour avoir les réponses…

Ma conclusion

Questionable Content est un webcomic très sympa pour ceux qui aiment les histoires centrés autour des relations interpersonnelles, les personnages sarcastiques et les robots ! Le début est un peu moins profond et surtout moins bien dessiné (je dis ça, mais moi je ne dépasse pas le bonhomme en bâton, de mon point de vue c’est déjà superbe) mais c’est la preuve en image que le travail et la persévérance payent. Jeph Jacques vit d’ailleurs de son comic depuis 2004 !

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