Ecrire un monde meilleur

Attention, des idées se cachent dans votre roman !

Il y a deux semaines, je vous ai parlé de Alain Damasio et de la façon dont la structure même de ses romans reflète ses idées politiques. J’ai envie de revenir plus en détail sur ce sujet aujourd’hui.

Écriture et idéologie

Petite précision :

Je vais parler beaucoup de « politique » dans cet article, et j’en parle au sens large, au sens idéologique. Par politique, je ne parle pas de distinction gauche/droite par exemple (c’est une distinction qui ne veut pas dire la même chose selon les pays). Par contre, l’idée qu’une personne peut faire tout ce qu’elle veut du moment qu’elle en a la volonté (thème courant des shonen) est une idée politique : cela implique qu’une personne pauvre n’a pas fait ce qu’il fallait pour se sortir de sa pauvreté.

L’écriture, vecteur de messages (qu’on le veuille ou non)

Le cas de l’industrie du jeu vidéo

Ces dernières années, c’est un débat qui est revenu assez couramment, en particulier dans l’univers du jeu vidéo. De grands studios répètent publiquement que leurs jeux ne sont « pas politiques », même lorsqu’ils abordent des sujets qui le sont très visiblement.

Par exemple, la compagnie française Ubisoft, a déclaré à propos de son jeu The Division 2 dans une interview : « nous ne prenons absolument pas position politiquement ». Il s’agit d’un jeu où le joueur fait partie d’une organisation gouvernementale américaine et essaie de rétablir l’ordre dans Washington D.C, siège du gouvernement américain, tombée aux mains de milices et en pleine guerre civile suite à une attaque terroriste. Évidemment, le fait d’incarner un personnage dont le but est de défendre l’ordre et de représenter le gouvernement a forcément un impact politique sur les joueur/euses.

En fait, le fait de déclarer que le jeu n’est pas politique est en soi une déclaration très politique (non limitée à Ubisoft, il ne s’agit que d’un exemple parmi d’autres).

Une excuse bien commode

Si de nombreux studios, mais aussi auteurices, maisons de production, etc déclarent haut et fort que leurs œuvres ne sont pas politiques, c’est parce que c’est ce qu’une partie de leur public veut entendre.

Et il y a une raison très simple à ça : si on considère que l’Art au sens large est apolitique, on n’est pas obligé.e d’examiner ses implications sociales et morales.

Bizarrement, cette idée revient particulièrement lorsqu’on parle de représentation. « Laissez la politique en dehors de nos jeux/films/livres » veut souvent  simplement dire « ne nous embêtez pas avec des personnages qui ne sont pas des hommes blancs cis valides ».

Le fait de représenter des personnages « divers » est considéré comme « politique » alors que le fait de jouer un personnage se rebellant contre un gouvernement ne l’est pas forcément.

Cette dichotomie représente simplement l’idée suivante :

  • Les idées qui sont semblables aux miennes ne sont pas politiques : elles sont « normales » (sous-entendu c’est ce que tout le monde pense/devrait penser)
  • Les idées qui sont différentes des miennes ou qui interrogent les miennes sont politiques, et je n’ai pas envie d’y être confronté.e

Une réaction humaine

Soyons clair, c’est une réaction assez humaine, en particulier quand on se retrouve confronté.e à des idées qui remettent en question nos goûts, nos valeurs ou nos habitudes.

Cela peut-être difficile de séparer son amour pour une œuvre, et le fait que cette œuvre ou son auteurice puisse être problématique.

Faire remarquer, par exemple, que la représentation des femmes est très mauvaise dans le jeu vidéo et le cinéma grand public (et quasi inexistante pour beaucoup d’autres groupes) n’est pas la même chose que de dire que ces œuvres sont mauvaises. Et encore moins que de dire que celles et ceux qui les apprécient sont sexistes/racistes ou stupides !

Je peux apprécier les films Marvel tout en me disant que sur tous ces supers héros, il n’y avait vraiment aucune raison qu’il n’y ait qu’une seule femme. Et que ce soit presque la seule à n’avoir pas eu de film !

C’est humain de se sentir attaqué.e ou blessé.e quand on critique une œuvre qui vous est chère, mais c’est important de ne pas jouer à l’autruche non plus…

Politique ou non ?

Mais, me direz-vous, moi j’écris juste de la fantasy/romance/thriller (barrez les mentions inutiles), il n’y a pas d’idéologie dans ce que j’écris.

Et vous ne serez pas le/la seul.e. Tolkien par exemple, s’est toujours défendu d’avoir voulu faire une allégorie de la guerre et de l’industrialisation dans le Seigneur des Anneaux. Pourtant, c’est ce que beaucoup de ses lecteurices en ont retiré. Soyons réalistes, les arbres font littéralement partie des héros de cette histoire, pendant que les méchants déboisent pour leurs aciéries…

Ce qu’il faut retenir de l’histoire de Tolkien, c’est que ce n’est pas parce que vous n’avez pas cherché à faire passer de message dans votre histoire (et vous avez tout à fait le droit ! Toutes les histoires n’ont pas vocation à être des pamphlets), que ce ne sera pas le cas.

Nous sommes habitué.e.s depuis l’enfance à tirer des leçons des histoires qu’on nous raconte, et nous le faisons inconsciemment. C’est aussi une conséquence de la structure même des histoires (et on va en parler dans une minute^^).

En tout cas, il est important d’en être conscient.e, au minimum pour s’assurer qu’on ne fait pas accidentellement passer des messages qui sont contraires à nos propres idées ! Si si, ça arrive.

Où se cachent les idées ?

Pour l’instant, je n’ai pas donné beaucoup d’argument pour expliquer en quoi les histoires sont forcément vecteurs d’idéologie. Pour ça, on va se pencher sur différents mécanismes qui influencent les idées des lecteurices (que l’auteurice l’ait voulu ou non).

La liste ci-dessous est probablement loin d’être exhaustive, n’hésitez pas à rajouter dans les commentaires si vous avez d’autres idées !

Thème

En terme de roman, quand on pense à « idée », on associe immédiatement « thème ».

Le thème est effectivement l’idée principale autour de laquelle le roman s’articule. Il peut avoir été choisi dès le début par l’auteurice, lui être apparu au cours de la rédaction et avoir été renforcé pendant les révisions, ou avoir surgi de lui-même naturellement.

En fait, le thème n’est pas tellement différent des autres idées qui peuvent apparaitre volontairement ou non dans un roman, simplement il va s’exprimer dans les éléments principaux de l’histoire : personnage principal, intrigue majeure, etc.

Si vous avez décidé d’un thème, vous pouvez utiliser les éléments dont on va parler ensuite pour le renforcer, mais attention à rester subtil.

Puisque VOUS décidez ce qu’il se passe dans votre histoire, elle vous donnera forcément raison, mais ce n’est pas pour ça qu’elle va forcément convaincre vos lecteurices… (il y a probablement de quoi faire un article entier sur ce sujet, mais pas aujourd’hui^^)

Rôles des personnages

La plupart des histoires sont construites de manière à ce qu’on soutienne et s’identifie à l’héroïne/héros. Beaucoup d’entre elles, en particulier celles destinées aux enfants, sont basées sur la dichotomie Gentil/Méchant.

Même dans des récits plus nuancés, le rôle des personnages influencera fortement l’idée que s’en feront les lecteurices, de plusieurs manières :

  • Toutes les idées soutenues par le personnage principal et ses allié.e.s apparaitront par défaut sous un jour positif

Pour échapper à cela, il faut rajouter des critiques de cette idée venant d’autres personnages principaux, et/ou faire en sorte que l’héroïne/héros change d’avis à la fin (on reviendra là-dessus)

A l’inverse, on aura tendance à considérer négativement les idées exprimées par les adversaires.

  • Toutes les caractéristiques (physiques, sociales, etc) du personnage principal et ses allié.e.s apparaitront sous un jour positif, celles des antagonistes sous un jour négatif.

Le premier point est assez intuitif. Il est rare de donner accidentellement des idées horribles à ses héros (même si c’est beaucoup plus courant pour les personnages d’intérêt amoureux…). Le deuxième est plus sournois. D’abord, cela implique de faire très attention aux caractéristiques que l’on donne à ses « méchants ». Par exemple, un des reproches qui peut être fait à Disney, c’est de donner très souvent des caractéristiques efféminées à leurs vilains : l’implication qui peut se faire dans la tête des jeunes spectateurs, c’est que ces caractéristiques, souvent associées à l’homosexualité, sont intrinsèquement mauvaises. De la même manière, les antagonistes, surtout dans les œuvres pour enfants, sont souvent représentés comme laid.e.s ou handicappé.e.s. Les enfants sont amenés à associer les notion de beauté et de bien, ce qui est évidemment bien loin d’être vrai dans la réalité…

Les caractéristiques qu’on attribue aux personnages principaux jouent également un rôle majeur. Les héros/héroïnes sont les personnages auxquels on attribue le plus de valeur, ce sont ceux qui par définition sont les acteurices de l’histoire. Ne jamais choisir certains types de caractéristiques pour ces personnages passe naturellement l’idée que celles et ceux qui ont ces caractéristiques ne sont pas « dignes » d’être des héros. On reparlera plus tard de la représentation plus en détail, mais par exemple, on remarquera que les personnages en surpoids sont presque toujours cantonné.e.s aux rôles de comique de service, et ne finissent en couple seulement si l’autre personne ne correspond pas non plus aux canons de beauté actuels. 

Les caractéristiques du ou de la partenaire romantique auront également tendance à être interprétées comme les traits idéaux chez une personne de ce sexe (typiquement pour les femmes : être d’une beauté parfaite, mais sans se maquiller).

  • L’effet est renforcé s’il y a un effet miroir entre personnage principal et antagoniste

Si vous contrastez volontairement les caractéristiques, par exemple avec un héros extrêmement beau et un antagoniste particulièrement laid, vous insistez (que vous le vouliez ou non) sur le fait que la beauté est une qualité importante et qu’en être dénué est « mauvais ».

Il faut faire attention à ce point, parce qu’on a tendance à vouloir donner des « qualités » à ses personnages principaux, on a tendance naturellement à les imaginer jeunes, beaux/belles, riches, etc, et c’est logique d’essayer de contraster ses antagonistes. Le problème, c’est que les implications peuvent très négatives : notamment impliquer qu’on n’a pas le droit d’être heureux si on ne possède pas l’ensemble de ces « qualités »…

Dénouement(s) : arc de personnage

Le dénouement d’une histoire joue un rôle majeur dans les idées qu’elle propage. C’est logique : la plupart des histoires occidentales fonctionnent sur le principe « les gentils sont récompensés et les méchants punis à la fin ».

Cela signifie que le dénouement que vous allez donner à chaque arc de personnage va avoir tendance à valider ou invalider les idées que ce personnage a pu représenter au cours de l’histoire.

En général, si vous voulez illustrer que vous ne cautionnez pas le point de vue ou les actions d’un de vos personnages, vous avez plusieurs options :

  • Lui faire changer d’avis

C’est souvent le cas s’il s’agit d’un de vos personnages principaux : vous lui construisez un arc narratif qui lui permet de prendre conscience de son erreur, et d’avoir changé d’avis à la fin du récit. S’il s’agit de votre héros/héroïne et que cette prise de conscience lui permet de triompher, cela en fait même un de vos thèmes principaux.

  • Le/la punir

C’est l’option la plus courante pour les antagonistes : il ou elle est rattrapée par son mauvais karma et connait une fin tragique ou en tout cas une punition à la hauteur de sa faute.

  • La fin inversée

Dans certaines œuvres, souvent celles qui ont pour héros des mafieux ou des bandits (je pense par exemple au Loup de Wall Street), on peut avoir une fin qui ne correspond pas à la punition qu’on attendait : le héros aurait dû finir en prison, mais il s’en tire. Ces histoires sont compliquées à réussir parce qu’elles impliquent d’avoir à la fois un héros suffisamment sympathique pour qu’on ait envie de suivre son histoire, tout en étant clair sur le fait que ces actions sont répréhensibles. Dans ce cas, une fin où le héros s’en tire reflète non pas un jugement sur le personnage, mais souvent sur la société. La morale pourra alors être « la vie est injuste »

Remarque :

Parfois, ni l’idée ni le personnage ne sont assez importants pour justifier un acte narratif complet. Dans ce cas, il suffit qu’un personnage d’autorité (un personnage du côté des « gentils » auquel les lecteurices font confiance) sermonne un peu le fautif : « tu n’as pas payé le parcmètre, ce n’est pas bien », et hop, on passe à la suite^^.

Dénouement(s) : intrigue

La façon dont vous résolvez vos intrigues va également transmettre des idées. Ce concept est peut-être le plus évident, et celui qu’on risque le moins d’utiliser par accident.

Typiquement, dans une histoire où on veut montrer que l’amour/l’amitié est plus fort que tout, ben le méchant est tout seul et les gentils le battent en travaillant ensemble (un concept jamais vu, je songe à le faire breveter^^).

Mais si vous trouvez que l’esprit d’équipe c’est nul, et que les gens vous emmerdent, c’est très facile d’inventer une situation où votre héro/ïne est encombré par ses liens familiaux ou amicaux et ne triomphe qu’après s’en être débarrassé.e.

En tant qu’auteurice, vous avez tout pouvoir sur votre intrigue et votre univers. Si vous avez envie de prouver que le communisme est forcément voué à l’échec, vous n’avez qu’à écrire une société portant les traits du communisme, où rien ne fonctionne (c’est à peu près le résumé du tome 6 de l’Épée de Vérité de Terry Goodkind). Ou au contraire vous pouvez très facilement prouver que le capitalisme c’est le mal, à grand renfort de multinationales maléfiques…

Représentation au sens large (même actions)

Même si on essaie de se mettre dans la peau de chaque personnage lorsqu’on écrit, un roman reflétera forcément la façon dont on voit le monde.

En particulier, on aura tendance à choisir des héroïnes/héros qui nous ressemblent, physiquement et mentalement.

  • Absence

Tout à l’heure, nous avons parlé de l’effet de donner certaines caractéristiques aux héros et antagonistes.

En dehors de cela, le fait de ne simplement PAS représenter certaines catégories de personnes fait aussi passer un message inconscient : ces personnes n’existent pas, ou ne sont pas assez « importantes » pour faire partie d’une histoire.

On parle souvent de représentation des « minorités », et je trouve que ce terme n’est pas forcément le meilleur. D’une part, il renforce l’idée que ce sont des groupes qui sont moins nombreux, donc finalement ce n’est peut-être pas si grave de ne pas les inclure. D’autre part, le terme peut simplement être faux quand on parle de la représentation des femmes, ou si on examine la population à l’échelle mondiale…

Dans certains cas, il y a un phénomène d’auto-renforcement. L’idée que les personnes LGBTQ+ sont en très nette minorité sera renforcée par leur absence dans les médias, mais aussi par le fait que ces personnes seront plus prudentes à partager leur identité de genre et sexuelle dans ce contexte.

L’absence de représentation peut aussi provoquer l’incompréhension ou même la crainte, par exemple face à des personnes en situation de handicap.

  • (Mauvaise) représentation

Malheureusement, représentation ne veut pas dire bonne représentation…

Même avec la meilleure volonté du monde, il est facile de tomber dans le stéréotype ou le cliché. C’est même la meilleure preuve de l’influence que peut avoir l’art sur nous : nous avons tellement l’habitude de certains tropes que nous les reproduisons sans même en avoir conscience.

On a tendance à associer les traits qu’on voit régulièrement sur certaines catégories de personnage comme des caractéristiques réelles de ces catégories. Si tous les personnages atteint de schizophrénie sont de dangereux/euses tueurs/euses en série, les spectateurices qui n’ont pas de formation en psychiatrie vont associer les personnes réellement atteintes de ce trouble aux notion de personnalités multiples et de comportement violent, ce qui est en fait très éloigné de la réalité.

En tout cas, la façon dont on va représenter une certaine catégorie de personnes dans ses écrits sera influencé par notre propre opinion, et dans tous les cas sera interprété comme tel.

Cela ne concerne d’ailleurs pas uniquement les groupes ethniques ou religieux, mais aussi les environnements (ville vs campagne), les hobbys, les professions. Si vous avez systématiquement des personnages de profs tyrans qui terrorisent leurs élèves, ou de profs fainéant.e.s qui n’attendent que leurs vacances ou de profs géniaux/ales façon Cercle des Poètes Disparus, on verra que vous n’avez pas les mêmes idées ou la même expérience de l’enseignement…

  • Syndrome de la Schtroumpfette

L’amalgame entre opinion perçue de l’auteurice et représentation d’un groupe particulier sera d’autant plus fort si l’œuvre ne contient qu’un.e unique représentant.e de ce groupe. Le syndrome de la Schtroumpfette correspond justement à la tendance de certain.e.s artistes à limiter leurs efforts de représentation à exactement un personnage par catégorie : en général une seule femme, et un seul personnage noir dans un groupe de héros d’action. S’il n’y a qu’un seul pompier et qu’il est méprisable, on va se demander ce qu’ils vous ont fait^^.

Tropes

Parfois, ce n’est pas un choix d’intrigue ou de personnage par lui-même qui envoie un message, mais le fait que ce choix s’inscrit dans un trope donné.

La répétition excessive d’un élément lui donne une force très importante : s’il est suffisamment omniprésent, il va s’inscrire dans la représentation inconsciente des lecteurices. C’est le principe même du stéréotype. Si on représente tous les asiatiques dans les médias comme étant bons en math, on finit par intégrer cette idée.

Pour donner un autre exemple, il existe un trope très répandu appelé « Bury your gays » (« Enterrez vos gays »), qui fait que dans la majorité des histoires comprenant des couples homosexuels, au moins un des deux partenaires meurt forcément tragiquement. Prises séparément ces histoires ne sont pas forcément problématiques, beaucoup sont des histoires touchantes et très bien traitées, voire même célébrées par la communauté LGBTQ+.

Le problème c’est qu’en tant que trope, cela veut dire qu’il n’y a presque aucune représentation de couple homosexuel connaissant une happy ending ce qui finit par donner l’impression que les personnes homosexuelles ne peuvent pas avoir une vie heureuse, et donc en tant que trope c’est problématique.

Forme

La forme peut également servir de tremplin aux idées.

Damasio par exemple choisit d’écrire des romans à plusieurs voix parce qu’il favorise l’idée de la collectivité au-dessus de l’individu (je schématise sans doute un peu^^).

L’usage de l’écriture inclusive ou au contraire son rejet véhiculeront des idées différentes.

Bien entendu, le choix de vocabulaire pourra traduire des opinions.

Je vais utiliser un exemple un peu extrême (TW : transphobie)

Si vous décrivez une femme transgenre comme : « travelot », « travesti », « transexuelle », « transgenre » ou simplement comme « femme », vous ne véhiculez pas du tout les mêmes idées (en partant de simplement transphobe).

En moins violent, si votre héros est en vacances dans un « trou paumé », ce n’est pas la même chose que s’il « se ressource dans un charmant village loin du chaos et du bruit de la ville »…

L’usage de l’humour peut aussi être une façon dont les idées transpirent de votre œuvre. L’humour est un cas un peu particulier, parce que faire des plaisanteries sur une catégorie de personnes n’impliquent pas forcément de se moquer de ces personnes, mais la distinction exacte est difficile à établir, et je laisserai des personnes plus compétentes s’en charger^^.

Quelles leçons en tirer ?

Le but de cet article n’est pas vraiment de prêcher pour les idées que vous DEVEZ introduire dans vos romans (même si ok, mes exemples sont un peu orientés^^).

Par contre, je trouve important d’être conscient que par la nature même des histoires et par leur forme, nous sommes conditionné.e.s à en tirer des leçons et à les utiliser pour former notre représentation du monde en tant que lecteurices.

Des choix apparemment innocents peuvent nous faire dire autre chose que ce que nous pensions.

Il ne s’agit pas uniquement de « social justice« . Dans mon premier roman par exemple, il y a un lien entre mon serial killer et les réseaux sociaux. Le souci, c’est que je n’avais pas envie d’envoyer le message « internet »= »pas bien », parce que ce n’est pas ce que je pense. J’ai donc essayé d’insister un peu plus sur des aspects positifs dans d’autres sous-intrigues, pour nuancer cette impression. Je ne sais pas à quel point c’est efficace, mais au moins j’ai pu essayer d’atténuer un message qui était contraire à mes propres opinions.

Alors qu’est-ce qu’on fait ?

  • Se poser la question

La première étape, c’est de passer en revue tous ces éléments (et ceux auxquels je n’ai pas pensé…), et se demander « quelle conclusion peuvent en tirer mes lecteurices ? ». Et bien sûr tout le monde ne « lira » pas la même chose dans votre roman… Sinon ce serait trop facile^^

  • Vérifier que vous êtes bien en phase

Ensuite bien sûr, il faut décider si vous êtes confortable avec les idées que vous avez identifiées. Si oui, youpi^^

  • Agir

Si non, c’est plus compliqué. Mais si vous avez identifié par quelle biais passe l’idée qui vous dérange, vous pourrez soit simplement changer l’élément problématique (par exemple donner un physique banal à votre méchant laid et bossu) ou rajouter des éléments qui jouent en sens inverse (faire en sorte que votre héros soit également laid et bossu, parce que votre histoire se passe dans une école pour assistant de Dracula^^).

  • Bonus : se renseigner

Ça c’est l’aparté Social Justice Warrior : parfois on peut laisser passer des messages négatifs, par ignorance, en particulier concernant des groupes sociaux ou ethniques dont on ne fait pas soit même partie.

Par exemple, si vous ne faites pas partie de la communauté LGBTQ+, il est probable que vous n’aviez jamais remarqué par vous-même que toutes les histoires d’amour homosexuelles des médias finissaient tragiquement. Par contre, il existe beaucoup d’articles sur le sujet et un peu de lecture pourra vous amener à repenser votre approche du sujet (bien sûr il n’est pas du tout interdit d’écrire ce genre d’histoire, il faut juste se demander si on le fait pour une raison qui a du sens pour sa propre histoire ou juste par reproduction d’un schéma).

Conclusion

Nous sommes conditionné.e.s à extraire des leçons et des morales des histoires. C’est comme ça que nous apprenons !

Mais dans ce cas, cela vaut le coup de se poser la question des idées qu’on véhicule lorsqu’on écrit un roman. Est-ce qu’on soutient réellement ces idées ?

Cela peut être effrayant, toutes ces implications, mais il ne faut pas se laisser paralyser. Et il vaut mieux y réfléchir un peu en amont que de se retrouver, une fois publié.e, avec des critiques négatives (ou pire, positives !!!) pour des idées qui ne sont pas les nôtres…

En dehors de ça, essayer de comprendre comment notre cerveau peut prendre un histoire avec des princesses ou des orcs et en tirer des leçons et des idées, je trouve ça réellement passionnant. Je me suis un peu laissée emporter par mon enthousiasme, mais le sujet est vraiment vaste (et compliqué), et il y a probablement de quoi écrire une thèse dessus…

Si quelqu’un l’a fait, dites-le moi !

2 réflexions au sujet de “Attention, des idées se cachent dans votre roman !”

  1. Hello, alors déjà, excellent article !!

    Je me rends compte que j’ai encore pas mal de choses à revoir en terme d’écriture et en même temps… je suis comme soulagée de te lire, parce que je finissais par me demander si je ne me prenais pas trop la tête avec certains sujets parfois ? XD Et de voir qu’on se pose des questions similaires sur la représentation, la portée politique (ce mot « politique » fait peur aux gens on dirait haha), ça me fait vraiment plaisir de voir que, non, je ne suis pas seule à « pinailler » autant ^^ En fait, parfois je me bloque car j’ai bien trop conscience justement que, quoi qu’on écrive, ça en dit long sur soi-même :’) C’est pour ça que j’essaie de me renseigner comme tu dis sur plein de sujets, via les podcasts (rien de mieux pour entendre la « voix » d’une personne et son point de vue ^^)

    Merci pour tes articles très éclairants et plein de réflexion, c’est la première fois que je commente mais j’aime beaucoup te lire !

    1. Merci pour ton commentaire !
      Effectivement, on peut courir le risque de se laisser paralyser. Aucune œuvre ne peut être « parfaite », mais j’imagine qu’il faut l’accepter, et ne pas trop non plus s’auto-flageller. Le meilleur moyen, c’est surement de lire assez largement pour se sortir les clichés du crâne^^

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