Prêts pour écrire un roman
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Toutes les étapes pour écrire un roman – Partie 2 : Écrire

Cette article fait partie de ma série Toutes les étapes pour écrire un roman. Il se concentre sur la phase d’écriture en elle-même.

Si vous n’avez pas lu la première partie qui traite de la phase de préparation (les idées, le plan, la construction du monde et des personnages, etc), elle est disponible ici :

Toutes les étapes pour écrire un roman – Partie 1 : Préparation

Allez le lire, je vous attends !

Prêts pour écrire un roman

Une fois que vous avez choisi de faire un plan (ou pas), décidé si vous vouliez des fiches de personnage (ou pas), il ne reste plus qu’à écrire. Facile, non ? Ou pas…

Que ce soit pour le style, les outils ou l’organisation, il reste encore beaucoup de choix à faire et de possibilités à tester. Voici donc toutes les étapes pour vous lancer dans la phase d’écriture de votre roman.

Se créer les bonnes conditions pour écrire

Motivation

Tout le monde est d’accord sur un point : il faut écrire tous les jours ! Plus facile à dire qu’à faire…

Parce qu’au fond, le plus difficile dans l’écriture d’un roman, ce n’est pas tant la technique que de trouver la motivation d’écrire, pendant des centaines d’heures, alors qu’on pourrait faire des choses tellement plus faciles comme trainer sur Youtube, visionner tout ce qui est disponible sur Netflix, ou simplement dormir ! Écrire un roman, c’est comme un marathon, ça demande de l’entrainement et sans doute un poil de masochisme… Alors comment trouver la motivation ?

Pour vous motiver vous pouvez essayer :

  • Réserver des plages de temps dans la semaine pour l’écriture : par exemple se lever une heure plus tôt tous les matins (toute mon admiration à ceux qui y arrivent !)
  • Fixer des objectifs dans le temps : écrire tant de chapitres/tant de mots avant la fin du mois
  • Se récompenser à l’atteinte de certains paliers : vous avez écrit 50 000 mots dans le mois ? Bravo, vous pouvez vous acheter le roman qui vous fait envie, ou les ailerons pour tuner votre voiture !
  • S’engager : annoncez à votre famille, vos amis, Facebook que vous êtes en train d’écrire un roman… ce sera plus difficile de décevoir tout le monde en laissant tomber !
  • Se trouver des cheerleaders : peut se combiner avec le point précédent. Faites lire des extraits à des proches : avoir des gens qui sont pressés de lire votre œuvre, c’est très motivant. Échanger avec d’autres auteurs dans la même galère peut aider aussi (je vous attends dans les commentaires !)

Attention, toutes les méthodes ne marchent pas pour tout le monde ! Par exemple, certaines personnes supportent mal d’avoir des objectifs chiffrés. Faites des essais !

Pour ma part, ma pratique de l’écriture a vraiment décollé quand j’ai découvert NaNoWrimo. Avant NaNo, j’écrivais une fois de temps en temps quand j’étais motivée, c’est-à-dire pas souvent. Pendant NaNo, je suis repassée en mode « prépa » : travailler plusieurs heures tous les soirs n’était pas une nouveauté pour moi, il me manquait juste le sens de l’obligation pour dépasser le stade « ce soir je suis trop fatiguée, je vais juste glander ». Parce que sinon, je suis trop fatiguée TOUS les soirs… Par contre, le système de récompense ne change pas grand chose à ma motivation (mais chut, il ne faut surtout pas le dire à mon cheerleader qui me fait des cookies quand j’ai bien travaillé !).

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il ne faut surtout pas se contenter d’attendre l’inspiration pour écrire, surtout si vous comptez en faire une carrière. Bien sûr, il ne faut pas écrire à tout prix, au dépit de sa santé, de son travail ou de sa famille, mais écrire un roman, ça ne se fait pas tout seul, et c’est parfois difficile. Et dans ces moments-là, il faut écrire quand même…

Outils

On dit que la plume est plus forte que l’épée… Mais qu’en est-il de l’éditeur de texte ?

En plus du classique papier/crayon, nous avons maintenant des tonnes d’outils pour écrire. J’ai moi-même laissé tomber l’écriture à la main, et pas seulement pour une sombre histoire de pattes de mouche… Voici une petite liste de logiciels qui peuvent servir :

  • Outils de prise de note : très pratique lorsque vous avez une super idée, mais que vous êtes dans le métro, au boulot, ou sous la douche (et que vous avez un téléphone waterproof !)… j’utilise par exemple Evernote, qui permet de prendre des notes et de les synchroniser depuis n’importe où (téléphone, tablette, ordi)
  • Traitements de texte : c’est la base, mais je le note quand même. Il faut savoir qu’il y a des alternatives gratuites à Word, OpenOffice par exemple.
  • Logiciels d’écriture : il existe des logiciels et applis spécialisés pour écrire un roman, qui facilitent infiniment la réécriture entre autres. J’utilise Scrivener (et je n’envisagerais plus d’écrire un roman sans… ) mais j’ai entendu dire pas mal de bien de Scribbook que je n’ai pas testé personnellement. Je conseille très fortement de tester un de ces outils, ils ont le potentiel de vous changer la vie.
  • Outils de motivation/productivité : il existe pas mal d’applis qui permettent de restreindre l’accès à internet quand on écrit, de se fixer des objectifs, etc comme par exemple, Write or Die (je ne l’ai pas utilisé mais vous pouvez lire la critique de Marièke) ou le génial Written ? Kitten ! qui vous récompense avec une photo de chaton tous les X mots…
  • Outils de sauvegarde : alors pour commencer, la SAUVEGARDE EST OBLIGATOIRE ! Il faudrait le mettre en police 150 clignotant de toutes les couleurs, mais je ne voudrais pas provoquer de crises d’épilepsie ou de dommages à des nerfs optiques innocents. Mais ce n’est pas une raison pour oublier que l’enjeu, c’est de vous éviter de perdre un jour des milliers de mots et peut-être des années de travail. Donc, on sauvegarde régulièrement pendant qu’on écrit (raccourci CTRL+S en général) mais on sauvegarde aussi sur plusieurs supports, et pas seulement sur votre ordinateur qui risque de tomber en panne, d’être perdu, volé, de faire un plongeon dans une piscine, etc. Une des options, c’est le Cloud, c’est à dire une sauvegarde qui n’est pas physiquement localisée et qui peut être accessible de n’importe où. Dropbox est par exemple un outil populaire ou Google Docs ou OneDrive, etc.  Ces sauvegardes peuvent être complétées par une clé usb, et même simplement un envoi par mail de temps en temps.
  • Divers : d’autres outils peuvent être utiles. Il existe par exemple des applis de mind-mapping (système de prise de note sous forme de schémas), d’autres qui permettent de créer des chronologies (Aeon Timeline par exemple), des logiciels de correction (comme Antidote, que j’envisage de plus en plus de tester), une infinité d’outils de gestion de projet (Trello par exemple)…

Environnement

Écrire, ça demande de la concentration, un certain état d’esprit qui n’est pas facile à atteindre. Autant travailler dans le bon environnement. Et un bon environnement, ça veut dire :

  • Un endroit adapté, si possible où l’on ne risque pas d’être dérangé. Pour le coup, je crois qu’il n’existe pas un seul auteur qui apprécie les interruptions ! Au moins un point où tout le monde est d’accord… Ça peut être une pièce à part dans la maison, un coin de bibliothèque, ou une table à un café si on ne craint pas le bruit d’ambiance.
  • Un moment tranquille : si on habite en région parisienne comme moi, on n’a pas forcément une pièce à soi, mais on peut au moins demander à ne pas être dérangé sur une plage horaire donnée. C’est ce que je fais à la maison (avec un résultat plutôt mitigé…)
  • Une atmosphère sonore appropriée : que ce soit le silence, de la musique épique pour écrire des scènes de baston ou des chants d’oiseaux, l’ambiance sonore est importante. J’ai un faible pour des musiques un peu planantes qui m’aident à me mettre dans le bon état d’esprit (Agnes Obel par exemple).
  • Une installation confortable : on parle de dizaines voir de centaines d’heure de travail, donc vous avez intérêt à ne pas écrire assis n’importe comment, une jambe par dessus le rebord du canapé, le PC sur une table basse à 90° degrés, sous peine de vous bousiller le dos, les épaules, les poignets, etc, etc. Donc si possible installez vous à un bureau adapté, avec une chaise confortable et bien réglée…
  • Un rituel : beaucoup d’auteurs mettent en place un rituel avant de commencer à écrire qui les aide à être plus rapidement dans le bon état d’esprit. Ça peut être une musique spécifique, allumer des bougies, porter un chapeau, etc… L’idée est de provoquer une association immédiate entre le rituel et l’écriture. Je n’ai pas expérimenté là-dessus, mais si ça marche, pourquoi pas. Et si vous portez un chapeau bizarre et êtes entourés de bougies, ça dissuadera peut-être votre entourage de vous déranger…

Choisir les paramètres de son roman

Une fois qu’on est dans de bonnes conditions pour écrire, motivés, bien installés, avec les bons outils (en plus de notre plan, de notre bible, etc), il reste encore quelques choix techniques important à effectuer avant de commencer réellement à écrire. Si possible avant, parce que réécrire tout son roman pour changer le type de narration est à peu près aussi agréable que de s’opérer soi-même de l’appendicite…

Narration

Il faut choisir son type de narration. Délibérément, et pas au pif, parce que 1) chaque type de narration a ses propres avantages et inconvénients selon le genre de roman que vous écrivez et 2) mélanger (accidentellement) des types de narration ou mal les utiliser crie « auteur débutant » et réduit drastiquement vos chances d’être publié si c’est votre but. Je vais faire une présentation rapide des différents types de narration, mais vous pouvez lire la série d’articles de Stéphane Arnier pour plus de détails.

  • Première personne

Peut-être le plus simple à utiliser. On se trouve dans la tête du personnage qui s’exprime en disant « je ».

Utilisez-le si : votre personnage principal a une voix vraiment intéressante, le récit est centré autour des émotions du personnage (très courant dans la littérature YA*)

Plutôt à éviter si : vous alternez entre beaucoup de personnages différents (à part si vous êtes Alain Damasio), vous avez besoin de révéler au lecteur des informations que le héros ne connait pas pour augmenter le suspens, au contraire vous voulez cacher au lecteur des informations sur le personnage principal (le lecteur se sentira floué si on lui cache des informations qu’il aurait dû avoir, et le lecteur, il n’aime pas qu’on le prenne pour un con).

  • Troisième personne omnisciente

Le récit est à la troisième personne et le narrateur sait TOUT : ce que pense chaque personnage de la scène, ce qu’a mangé le meurtrier à midi, ce qu’il se passe dans une galaxie voisine.

Utilisez-le si : vous voulez une complète liberté de narration (vous pouvez dire exactement ce que vous voulez au lecteur), vous recherchez un effet comique (il est utilisé très habilement par Terry Pratchett et Douglas Adams), si vous voulez briser le 4éme mur ou commenter l’histoire, etc

Plutôt à éviter si : vous n’avez pas de raison très précise de l’utiliser (si vous pouvez raconter n’importe quoi, vous risquez de raconter… n’importe quoi), vous voulez conserver un investissement émotionnel fort sur les personnages

  • Troisième personne limitée

Le récit est à la troisième personne, mais le point de vue est centré sur un personnage, sur ses actions et ses pensées.

Utilisez-le si : vous n’êtes vraiment pas sûr de la narration à choisir (c’est le standard actuel), vous alternez entre différents personnages principaux, votre personnage principal n’est pas entièrement sympathique

Plutôt à éviter si : comme pour la première personne, vous voulez cacher des informations au lecteur que le personnage connait et vice versa, vous avez du mal à faire la différence entre la troisième personne limitée et la troisième personne omnisciente

Risque : la troisième personne limitée distante (qui n’est pas censée exister)

En troisième personne limitée, on ne lit pas directement la voix du personnage, mais on se trouve quand même dans ses pensées. Il ne faut donc pas écrire :

« Aurore vit le château où son prince était retenu. Elle pensa qu’il aurait eu l’air plus sérieux sans les bégonias accrochés aux mâchicoulis. »

Mais

« Le château où Philippe était retenu apparu enfin derrière la colline. Il manquait un peu de sérieux pour une prison, avec ces bégonias accrochés aux mâchicoulis… »

De même, en troisième limitée, la personnalité et l’identité du « personnage de point de vue » doit ressortir dans les descriptions. Par  exemple, sur une scène de crime, si le personnage de point de vue est un proche qui découvre le corps, la description sera portée sur la quantité de sang, la réaction émotionnelle, le fait que la victime portait son tailleur préféré, etc alors que dans la même situation un personnage de la police scientifique notera le type de traces de sang sur le tapis, les lieux d’impact des balles, la raideur cadavérique, etc.

  • Deuxième personne

Il existe beaucoup de règles en écriture et quasiment aucune n’est absolue. Donc techniquement, vous pouvez écrire à la deuxième personne du singulier. Mais seulement si vous avez votre diplôme officiel d’auteur.trice qui sait ce qu’il.elle fait (comment ça, vous ne l’avez pas encore reçu par la Poste ?) et si vous avez une vraie raison de l’utiliser. Ça vaut aussi pour le temps futur et autres excentricités :

Toute règle d’écriture peut être brisée, si vous pouvez dire POURQUOI vous la brisez

Et « parce que j’ai envie » ou « c’est plus facile comme ça » ne comptent pas !

Temps

Le choix du temps est beaucoup plus facile, ouf ! A priori le choix entre passé et présent (cf au-dessus pour le futur…) est principalement une question de préférence personnelle, presque invisible pour le lecteur. Le présent peut apporter un peu plus d’urgence et réduire la distance avec l’action.

L’utilisation d’un récit-cadre peut forcer le choix d’un des temps. L’importance, c’est de choisir un temps, et de s’y tenir au maximum. Les changements de temps peuvent désorienter le lecteur.

Récit-cadre

Le récit-cadre est un dispositif utilisé dans certains romans, qui consiste à encadrer l’histoire principale par un autre récit. Logique, non ? Ça peut être :

  • le narrateur qui raconte ce qui lui est arrivé, chronologiquement avant le début du roman
  • un personnage qui raconte une histoire à l’intérieur de l’histoire (comme dans Princess Bride ou dans les Mille-et une nuits)
  • des lettres ou un journal, souvent entrecoupés d’articles de journaux, censés avoir été regroupés pour retracer des événements particuliers
  • etc, etc

Le but peut-être d’amener un commentaire sur le récit principal, de faire croire à une histoire vraie, ou encore d’avoir une réflexion sur le fait même de raconter des histoires…

Formatage des dialogues

Dans la littérature française, il existe deux manières différentes de formater ses dialogues : en résumé, avec ou sans guillemets. Choisissez en une le plus tôt possible, pour ne pas avoir à reprendre tous vos dialogues par la suite…

Profitez-en aussi pour réviser quelques règles de grammaire et de typographie, pour avoir un manuscrit le plus propre possible dès le début ! Vous n’avez plus qu’à lire mon article sur le sujet

Raconter une histoire

Vous avez un plan, une chaise confortable, une musique d’ambiance adaptée, votre cape d’écrivain (j’en veux une !); vous avez défini votre type de narration; vous êtes prêt.e ! Prêt.e à écrire un roman, prêt.e à raconter une histoire.
Il y a encore un milliard (au moins !) d’articles à écrire sur le sujet, je vais donc me contenter de lister les ingrédients principaux d’une bonne histoire :
(Pour la version raccourcie, vous pouvez aussi lire mon article Au secours, j’ai pas d’intrigue ! sur les ingrédients de base de l’histoire^^)

Personnages

Je place les personnages en haut de la liste, parce que c’est pour moi (c’est subjectif) l’ingrédient le plus important. C’est comme pour les desserts, on peut faire de très bons gâteaux sans chocolat, mais j’aurais toujours tendance à choisir en priorité ceux dans lequel il y en a… Et non, je ne suis pas gourmande du tout.

Et pour faire un bon personnage, il faut :

  • une motivation (j’en parle dans mon article précédent)
  • des défauts
  • une évolution (ce que les anglophones appellent « character arc »)

C’est très schématique, mais ça permet d’avoir une structure simple pour créer des personnages intéressants.

John Truby, une référence dans le monde du cinéma, explique dans L’anatomie du scénario (résumé dans cet article, vous pouvez aussi retrouver ma critique ici) qu’il faut définir pour son héros :

  • un désir, qui correspond à ce que le personnage veut mais qui n’est pas ce dont il a vraiment besoin
  • une faiblesse interne/psychologique, qui le pénalise personnellement
  • une faiblesse externe/morale, qui fait souffrir son entourage
  • un besoin (différent du désir) dont le personnage n’a pas conscience

Par exemple, le héros désire gagner la Coupe Intergalactique de Football, mais son besoin réel sera de gagner le respect de sa mère.

Et toute l’évolution du personnage consistera, soit à dépasser ses faiblesses pour assouvir son besoin, soit au contraire à échouer à les surmonter pour courir vers une fin tragique. La notion d’évolution est importante, parce qu’elle permet de provoquer un happy ending satisfaisant : le personnage a mérité son bonheur éternel (ou sa chute).

Intrigue

Le deuxième élément majeur de ce gâteau, euh roman, c’est l’intrigue. Si vous êtes un Architecte, vous connaissez déjà votre intrigue par cœur, sinon vous allez la découvrir au fur et à mesure des décisions de vos personnages. Il y a tout de même quelques points à surveiller :

  • la cohérence :

Un petit mot, mais beaucoup de travail ! Il faut surveiller que vos personnages prennent leurs décisions en accord avec leur personnalité et leurs motivations, et pas juste ce que vous avez envie qu’ils fassent pour que l’intrigue avance. Tout le monde ne doit agir qu’à partir d’informations qu’ils sont réellement censés avoir. Vous devez respecter les lois de la physique. Oui, même si vous écrivez de la fantasy, à moins d’avoir expressément indiqué le contraire dans la présentation de votre univers.  Vous devez respecter la chronologie interne à votre histoire ET la chronologie du monde réel le cas échéant. Mais vous devez aussi vérifier qu’il n’y a pas une solution super facile au problème qui fait courir vos héros pendant tout le roman (mais si les personnages principaux se parlaient, ce serait la fin des comédies romantiques !). Et caetera, et caetera.

  • la structure :

Toute histoire a une structure. Certaines, comme celle du monomythe sont assez rigides, avec une liste d’étapes fixes. D’autres, comme la structure en 3 actes, très classique au cinéma, se limite au découpage suivant : 25 % de situation initiale, 50% de péripéties, 25% de dénouement. La structure pourra être visible par exemple dans le découpage en chapitres de votre roman. Vous pouvez même utiliser la structure classique apprise en cours de français (situation initiale, élément perturbateur, péripéties, dénouement), même si personnellement elle me donne de l’urticaire…

  • les intrigues secondaires :

Les sous-intrigues sont des mini intrigues séparées de l’intrigue principale qui sont tissées dans le récit. Ça peut être le développement d’une relation amoureuse dans un roman d’action, la résolution d’un mystère annexe, etc.

Chaque mini-intrigue aura sa propre structure, donc au minimum une situation initiale, une ou deux péripétie et surtout un dénouement, sous peine de frustrer le lecteur…

Idéalement, les sous-intrigues ne devraient pas être totalement détachées du reste du roman, elles devraient soit ajouter à l’atmosphère et à l’univers, soit appuyer le thème, soit développer des personnages, soit apporter une information pour faire avancer l’intrigue principale, etc. Si une intrigue secondaire n’apporte rien à l’histoire, elle doit disparaitre !

  • le rythme :

Classiquement, on décrit le rythme d’un roman comme une pente grimpant jusqu’au point culminant. En pratique, la tension n’augmente pas de manière régulière, il y a des hauts et des bas, des moments où le héros a l’air de gagner et d’autres ou tout est perdu.

L’important est d’accrocher le lecteur dès le départ, de maintenir suffisamment de tension pour le garder intéressé, mais de varier assez le rythme pour qu’il ne se lasse pas (ou ne fasse pas de crise cardiaque pour cause de trop de suspens…).

Le rythme se définit par exemple en variant la longueur des phrases (phrases courtes = rythme rapide), en jouant sur le type de scène (course poursuite ou rendez-vous amoureux) mais aussi en dosant différemment la quantité de dialogues et de descriptions dans les scènes. Les descriptions ralentissent l’action, les dialogues peuvent la booster.

Univers

La mise en place de l’univers est bien sûr primordiale pour la science fiction et la fantasy, mais elle reste importante dans tous les cas : l’histoire ne se passe pas dans le vide intersidéral, et même quand c’est le cas il faut le présenter au lecteur ! Même un roman qui se passe dans un lycée a son propre univers : ses horaires, ses salles de classe, ses profs sympas ou débordés, ses codes vestimentaires, ses cliques, etc…

Malheureusement, introduire correctement un univers est un exercice compliqué et beaucoup d’auteurs tombent dans le piège de « l’info-dump » c’est à dire balancer tout leur monde d’un bloc sur la tête du lecteur, qui ne s’en relèvera plus jamais… Ou plutôt qui abandonnera directement le bouquin pour lire quelque chose de plus intéressant.

Voici quelques techniques pour présenter un monde sans assommer le lecteur :

  • Évitez les prologues : vous remarquerez que Harry Potter ne commence pas par un cours d’histoire sur le moment où les sorciers ont décidé de se cacher des moldus, ou sur Grindenwald ou sur la création de Poudlard. Le livre parle de Harry dès le début, parce que c’est lui qui intéresse le lecteur.
  • Utilisez un personnage qui ne connait pas l’univers : la présentation du monde parait beaucoup plus naturelle puisque le héros le découvre en même temps que le lecteur (cf Harry Potter encore une fois)
  • Ne donnez que les informations dont le lecteur a réellement besoin : même si vous connaissez votre monde sur le bout des doigts, le lecteur n’a pas besoin de connaitre les dates de la guerre entre les orcs et les licornes ! Si vous tenez vraiment à en parler, soyez gentils et mettez-le en appendice, comme Tolkien.
  • Et au compte-goutte : ne donnez les informations que lorsqu’elles sont nécessaires, voire même un peu plus tard. Non seulement vous n’assommerez pas votre lecteur, mais en plus il sera curieux d’avoir des explications sur tel ou tel mystère.
  • Suivez un personnage avec une voix intéressante : si votre héros est drôle ou passionnant, ou a un point de vue très original, le lecteur pourra l’écouter parler de n’importe quoi, y compris du système d’égouts de votre capitale.
  • Abusez des dialogues : en règle générale, l’exposition passe mieux lorsqu’elle est administrée dans un enrobage de dialogues. Les dialogues sont plus faciles à lire et obligent l’auteur à raccourcir son propos et à le rendre plus dynamique (attention à éviter le monologue interminable qui n’est pas mieux qu’une brique d’exposition classique).
  • Concentrez-vous sur ce qui est unique : tout dans votre monde n’a pas besoin d’être 100% nouveau. Votre système d’égouts n’a pas besoin d’être original. Et s’il n’est pas original, n’en parlez pas ! Concentrez-vous sur comment des chevaux avec des cornes peuvent tenir 5 minutes contre une armée d’orcs avec des arcs…

Style

J’ai un conseil pour améliorer votre style : ÉCRIVEZ !
Je vais vous en donner d’autres, mais je sais d’expérience qu’ils risquent de passer par une oreille et de ressortir par l’autre. Écrivez un roman, et vous vous apercevrez avec bonheur (et horreur, parce qu’il faudra tout réécrire) que votre prose sera bien meilleure qu’au début…
Voici donc les conseils dont vous n’allez pas tenir compte…
  • Soyez clairs : le plus important, ce n’est pas que la phrase soit jolie, mais que le lecteur la comprenne ! Vous pouvez utiliser des métaphores fleuries, des tournures alambiquées (moi aussi j’adore ça), mais ça ne doit pas être aux dépens de la compréhension.
  • Privilégiez la fluidité : le lecteur doit se concentrer sur l’histoire, pas sur votre prose. Si le lecteur trébuche sur une énième subordonnée circonstancielle, il sera catapulté hors du récit.
  • Doucement sur les adverbes : c’est un conseil classique, que j’ai ignoré royalement avant de me rendre compte que j’étais la première coupable. Les adverbes peuvent être remplacés par un verbe plus précis (« médire » pour « parler méchamment ») ou même supprimés quand ils ne font qu’atténuer le propos, comme « peut-être ». C’est valable aussi pour les formulations « timides » comme « avoir l’air », « sembler », « commencer à », etc.
  • Évitez les répétitions : les répétitions de mots bien sûr, mais aussi les répétitions d’idées (et je viens d’utiliser trois fois d’affilée le mot « répétitions », quatre maintenant, si ce n’est pas ironique…). Par exemple, si vous venez de décrire un personnage qui met un coup de poing dans un mur, ce n’est pas la peine de dire qu’il est en colère ! Le lecteur n’est pas débile, il a compris !

Je pourrais continuer, mais il commence à se faire tard et surtout ces conseils ont un fond en commun : élaguez votre prose au maximum, elle n’en sera que plus efficace.

En fait l’erreur principale du/de la débutant.e (moi y compris !), c’est de chercher à écrire « joliment ». Le lecteur n’est pas là pour admirer votre prose, et il n’admirera pas toutes les tournures que vous trouvez distinguées, les mots savants, etc. A part pour les romans les plus littéraires, il y a de grandes chances qu’il s’en foute. Je ne dis pas qu’il ne faut pas chercher à travailler son style, au contraire. Je dis simplement que, pour un auteur débutant, il faut d’abord chercher à écrire clairement et à trouver sa propre voix, parce qu’il y a de grandes chances que ce que vous trouvez brillant aujourd’hui vous paraisse ridicule dans quelques mois ou quelques années. En tout cas, c’est ce qui m’est arrivé…

Thèmes

Le thème, c’est en quelque sorte la morale de l’histoire, même si ça n’a pas besoin d’être aussi net qu’une morale de fable de La Fontaine. Le thème d’un roman, c’est quelque chose d’à la fois hyper important (sans thème votre roman n’est qu’un amas de péripéties) et difficile à définir. Le thème, c’est ce dont parle votre roman, la question qu’il pose.

Exemple concret : si on veut décrire l’histoire du film John Wick, on dira que c’est un homme très en colère qui tue tout un tas de gens pour se venger qu’un sale type lui a piqué sa bagnole et tué son chien. Techniquement, ce n’est qu’une suite d’exécutions d’une balle dans la tête, très bien chorégraphiée. Mais le thème de John Wick, c’est le deuil. C’est un homme qui vient de perdre sa femme, et le dernier cadeau de celle-ci est un petit chiot qui l’aide à surmonter sa mort. Sauf qu’on lui tue le petit chiot, et on le prive de son deuil…. (et du coup il bute la moitié de New York, logique)

Remarques sur le thème :

  • Ne soyez pas trop pressés : le ou les thèmes n’ont pas forcément besoin d’être définis pendant l’écriture du premier jet. Ils peuvent très bien être identifiés et renforcés pendant la phase de réécriture.
  • Soyez subtils : ne construisez pas l’intégralité de votre roman autour de vos thèmes, sous peine de les rendre trop évident et de transformer votre roman en parabole. Un roman peut avoir un message, mais le lecteur lit en premier lieu pour se divertir, et il n’apprécie pas qu’on lui assène une idéologie à coups de marteau !
  • Utilisez le thème comme liant. Vos thèmes peuvent servir à cadrer vos intrigues secondaires. John Truby dont j’ai parlé plus haut conseille par exemple d’utiliser les intrigues secondaires pour montrer comment différents personnages font face au même problème. En plus de donner plus de profondeur à votre histoire (même si c’est juste l’histoire d’un mec qui tue plein de gens), le thème permet d’augmenter la cohérence de votre roman, de lui donner une vraie unité.
  • Soyez attentifs à votre conclusion : le thème, c’est la question que pose votre roman et le dénouement apportera ou non une réponse à cette question. Vérifiez que vous êtes bien en accord avec cette réponse… Mon premier roman raconte la poursuite d’un serial killer qui utilise internet pour repérer ses victimes, et l’impact d’internet sur notre vie (notamment sur notre vie privée) est donc un thème important. Mais dans mon premier jet, la conclusion tendait vers « oh mon dieu internet c’est le mal », ce qui n’était pas du tout mon intention (c’est pas comme si l’informatique était mon métier…) ! Dans les versions suivantes, j’ai fait attention à introduire des éléments dans ma conclusion qui atténuent cette impression et qui montrent qu’on peut aussi faire des choses merveilleuses avec un ordinateur…
C’est tout pour cette deuxième partie de ma série Toutes les étapes pour écrire un roman ! Retrouvez-moi la semaine prochaine pour répondre à cette question brûlante :
mais que fait-on une fois qu’on a écrit le premier jet de son roman ???

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