Utile ou pas ?

Faut-il lire Creating character arcs de K.M Weiland ?

Pour l’article de cette semaine, j’ai lu Creating character arcs de K.M Weiland, à propos de l’évolution psychologique des personnages, et je vais essayer de répondre à l’éternelle question  que je me pose sur les livres d’écriture :

Alors, utile ou pas ?

Mais pour commencer voici quelques informations utiles…

Titre original : Creating character arcs : The Masterful Author’s Guide to Uniting Story Structure, Plot and Character Development

Titre traduit (par moi-même) : Créer des arcs narratifs pour ses personnages : Le Guide Magistral de l’Auteur pour unifier Structure narrative, Intrigue et Développement des personnages

Autrice : K.M Weiland

Langue : Anglais

Parution : 2016

Sujet/objectifs : Arcs narratifs pour les personnages, et leur relation avec la structure de l’intrigue

Creating character arcs, de K.M Weiland

Résumé et concepts

Contrairement à d’autres auteurs dont j’ai pu parler dans cette rubrique, qui partaient dans toutes les directions avec leurs livres sur l’écriture (Stephen King ou Umberto Eco, entre autres), K.M Weiland a écrit Creating character arcs avec un but très précis en tête, et elle n’en dévie pas une seconde.

Tout le livre est consacré à la notion d’arc narratif lié à l’évolution des personnages, et à la façon dont ces arcs narratifs peuvent être tissés dans l’intrigue d’un roman.

La structure de Creating character arcs est donc très logique, divisée en 4 parties.

La première, de loin la plus longue (14 chapitres), détaille les différentes étapes d’un arc positif, le type d’arc le plus répandu.

La seconde partie (3 chapitres) se penche sur les variations à appliquer pour créer un arc plat, la troisième (3 chapitres) à celles de l’arc négatif.

Enfin, la dernière partie (7 chapitres) est une FAQ qui répond à diverses questions comme « doit-on créer des arcs narratifs pour TOUS ses personnages ? », « comment choisir quel type d’arc appliquer à son histoire ? » ou encore  » comment structurer les arcs narratifs sur plus d’un roman ? »

Creating characters arcs en trois idées

Les moteurs de l’arc narratif : Besoin vs Désir et Mensonge vs Vérité

Pour K.M Weiland, l’évolution psychologique d’un personnage est basée sur deux dichotomies : Désir/Besoin et Mensonge/Vérité.

  • Mensonge et Vérité

La dichotomie Mensonge/Vérité, c’est la base de l’arc narratif. Il s’agit tout simplement de l’axe d’évolution du personnage : au début de l’histoire, il ou elle est paralysé par une croyance toxique qui l’empêche d’atteindre ses objectifs : le « Mensonge ». Tout le principe de l’arc narratif sera de pousser peu à peu le personnage à abandonner ce Mensonge, par différents moyen (en lui donnant des exemples positifs, en le « punissant » lorsqu’il agit selon cette croyance erronée, etc), au profit de la « Vérité ». La Vérité est donc la leçon que le personnage va apprendre au cours de l’histoire, et qui lui permettra de vivre une vie éternellement heureuse dans le vide intersidéral après la fin d’une histoire^^.

Par exemple, le Mensonge pourra être « l’argent est plus important que l’amour/la famille/l’épanouissement professionnel » ou « il faut se conformer aux attentes de la société et ne surtout pas se faire remarquer ». À la fin de l’histoire, le héros ou l’héroïne sera définitivement débarrassé.e de ce Mensonge et pourra vivre heureux.se grâce à sa nouvelle Vérité : la tradeuse aura abandonné le boulot qui la rendait malheureuse pour se lancer dans l’ébénisterie, le jeune homme timide aura appris à exprimer sa personnalité en devenant rappeur (oui, j’invente au fur et à mesure^^).

Remarque : les termes Mensonge et Vérité ne sont pas utilisés de manière littérale par K.M Weiland, mais comme représentations symboliques des deux facettes idéologique du thème abordé dans l’histoire. Ce qui signifie bien sûr que la « Vérité » de l’un pourra être le « Mensonge » de l’autre…

  • Désir et Besoin

Le couple Désir/Besoin, quant à lui, représente le lien entre l’arc narratif et l’intrigue.

Au départ, le personnage est motivé par un Désir, en général pour quelque chose de concret : par exemple le Désir de gagner un concours (pour la gloire ou pour un prix), le Désir de décrocher le travail de ses rêves ou de s’acheter un beau vélo… C’est ce Désir qui projettera le personnage principal dans l’intrigue, ce Désir qu’il ou elle poursuivra tout au long de l’histoire.

Seulement, ce Désir n’est pas ce dont le personnage a réellement besoin, qui est… le Besoin, oui je sais, c’était facile^^. Le Besoin n’est en général pas physique, et peut être en opposition avec le Désir (ce qui donnera plutôt une fin amère). Le Besoin est l’expression de la Vérité de la première dichotomie : l’héroïne rêve de ce beau vélo rouge en vitrine, mais ce dont elle a réellement besoin, c’est de comprendre que l’amitié vaut plus que le plus beau des jouets (et dans la plupart des cas, l’amitié lui permettra d’obtenir le vélo en question^^).

Le Désir propulsera le personnage tout au long de l’histoire, mais ce sera le Besoin qui sera sa vraie récompense à la fin, s’il s’agit d’un arc positif.

Ce qui me permet d’enchainer avec brio sur la notion suivante :

Les trois types d’arcs

Même si l’écrasante majorité des arcs narratifs sont positifs, ce n’est pas le seul type d’arc existant. K.M Weiland définit trois types d’arcs de la façon suivante :

  • L’arc positif

C’est le plus courant. Dans ce type d’arc, le personnage croit au Mensonge au départ et à la Vérité à la fin du roman. C’est un arc qui a normalement une fin positive (ou douce amère si accepter la Vérité l’empêche de réaliser son Désir). Je le décrirai plus en détail dans la section suivante, un peu de patience, c’est juste en-dessous^^.

  • L’arc plat

Dans l’arc plat, le personnage croit déjà à la Vérité, dès le début du roman. Cela signifie que le personnage en lui-même n’évolue pas forcément (même si sa détermination pourra être mise à l’épreuve), mais plutôt que le personnage va aider d’autres personnages ou le monde autour de lui/elle à basculer du Mensonge vers la Vérité. C’est un type d’arc fréquent dans les films/livres d’action par exemple.

  • L’arc négatif

L’arc négatif, c’est l’image inversée de l’arc positif (logique^^), pour les histoires qui finissent mal… Dans ce type d’arc, le personnage s’enfonce de plus en plus dans le Mensonge au lieu de le rejeter. La structure est similaire à celle de l’arc positif, mais au lieu d’apprendre des obstacles qui se dressent sur sa route comme le héros de l’arc positif, le héros de l’arc négatif sera renforcé dans sa croyance toxique, pour un résultat tragique.

Structure d’un arc positif

L’arc positif est à la fois le plus courant, et celui que K.M Weiland détaille le plus. Voici donc une version condensée de sa structure :

  • Premier acte

Le premier acte pose les bases de l’intrigue, mais aussi les bases de l’arc du personnage. Il présente le « monde normal » dans lequel se complait le personnage et le Mensonge qui l’y retient prisonnier. On y découvre le Désir qui anime le personnage, et on doit deviner le Besoin qui se cache derrière, de même que le passé qui a formé ce personnage.

Le premier acte contient également l’incident perturbateur, qui va projeter le personnage dans l’histoire, en général contre son gré au premier abord. Le but du premier acte est donc de mettre en place les différents éléments et notamment de faire comprendre quels sont les défauts qui bloquent le personnage, et quelles sont ses aspirations.

  • Premier jalon de l’intrigue

Dans le premier acte, le personnage a été confronté à un élément perturbateur, mais a en général refusé l’appel de l’intrigue. Au premier jalon, le personnage prend une décision qui le fait basculer hors de son monde normal et dans le monde de l’intrigue. Ce premier jalon, à la toute fin du premier acte, empêche le personnage de revenir en arrière, une fois sa décision prise. C’est normalement la poursuite de son Désir qui le pousse dans cette direction.

  • Première moitié du deuxième acte

Dans la première moitié du deuxième acte, le personnage est confronté à un monde nouveau aux règles qu’il ne connait pas. Il ou elle essaiera de faire face aux difficultés de la même manière qu’à son habitude, avec des mécanismes basés sur sa croyance dans le Mensonge, mais ses anciens réflexes ne fonctionnent plus. Le personnage sera en quelque sorte « puni » pour son adhésion au Mensonge. C’est aussi à ce moment que le personnage va acquérir de nouvelles compétences et recevoir des conseils (par exemple de la part d’un mentor) qui lui laisse entrevoir la Vérité qu’il doit accepter.

  • Point médian

Le point médian se trouve à peu près au milieu du roman. C’est le moment où le personnage cesse de réagir aux événements pour devenir actif. C’est aussi le moment où il va avoir une révélation importante qui lui permet d’avancer, mais qui ne sera pas encore le rejet du Mensonge : il entrevoit la Vérité mais n’est pas encore prêt à abandonner ses anciennes croyances.

  • Deuxième moitié du deuxième acte

Dans la deuxième moitié du second arc, le héros commence à agir selon la Vérité qu’il a aperçu mais il oscille encore entre Mensonge et Vérité. On verra sa progression par rapport sa situation initiale par une multitude de détails mais il n’aura pas encore vraiment abandonné le Mensonge. Cet acte pourra comporter une fausse victoire pour le héros ou l’héroïne.

  • Troisième jalon de l’intrigue

Le troisième jalon est synonyme de crise pour le personnage, c’est son point le plus bas. Il s’agit d’une crise extérieure au personnage mais qui le mène face à un dilemme intérieur, entre son Désir et son Besoin. Si l’arc est positif, c’est à ce moment que le personnage sacrifiera clairement son Désir en faveur de son Besoin (même s’il pourra éventuellement obtenir les deux à la fin)

  • Troisième acte

Dans le troisième acte, le personnage reprend pied avant « l’affrontement » final, au cours duquel les enjeux sont plus hauts que jamais. Cette confrontation sera pour le personnage l’occasion de mettre en application toutes les leçons apprises en chemin, et de refuser une bonne fois pour toutes le Mensonge qui le paralysait au départ. Le dénouement montrera le nouveau « monde normal » du personnage, qui est une réflexion du monde normal du premier acte, sa nouvelle vie sans le Mensonge.

  • En résumé

Pour résumer de la manière la plus schématique possible : le premier acte établit la situation initiale du personnage, et en particulier le Mensonge : la croyance erronée dont il doit se débarrasser. Dans la 1ére moitié du 2éme acte, le personnage est projeté dans un nouveau monde et se rend compte que ses anciennes habitudes liées au Mensonge n’y fonctionne pas, et il recevra des conseils sur la façon d’atteindre la Vérité. Dans la deuxième moitié du 2éme acte, il essaiera de mettre ces conseils en applications, mais sans abandonner complètement son Mensonge, ce qui ne fonctionne pas et l’amène au point le plus bas de l’intrigue. A ce moment, il choisira d’abandonner le Mensonge, ce qui lui permettra au troisième acte d’accepter entièrement la Vérité et donc de triompher au moment de la bataille finale (qui n’est pas forcément une véritable bataille, hein^^). Le dénouement montrera alors à quel point le personnage a pu changer au cours de l’histoire, et ce qu’il ou elle y a gagné.

Bien sûr c’est très schématique et K.M Weiland y introduit beaucoup plus de détails et de nuances, puisqu’elle y consacre 14 chapitres^^.

Passons maintenant à l’analyse critique de Creating character arcs

Les Moins

  • En anglais

À ma connaissance il n’y a pas de traduction française pour l’instant, et c’est bien sûr un énorme point négatif si vous n’êtes pas à l’aise dans cette langue. Pour celles et ceux qui se débrouillent un peu mais ne sont pas trop sûrs d’eux, le livre est écrit avec un langage simple et clair, donc il est possible que vous vous en sortiez malgré tout.

  • Des prérequis

Une des particularités de ce livre, c’est qu’il a pour but de montrer comment entremêler l’arc narratif du personnage avec la structure de l’intrigue. Le problème, c’est que ça demande d’avoir quand même quelques notions sur cette structure (par exemple pour comprendre ce que sont ces fameux « jalons » dont je parle au-dessus…). Et comme chacun à sa propre version de la structure narrative, idéalement il faudrait avoir lu Outlining your novel, le précédent livre de K.M Weiland qui traite de la planification d’un roman, pour suivre parfaitement ses conseils. Pour être honnête, je ne l’ai pas lu et ça ne m’a pas non plus tellement dérangée. Par contre, pour un.e auteurice débutant.e, qui n’a aucune notion de structure narrative (et je parle de structure détaillée, du style Voyage du héros ou Save the cat, pas simplement la séquence « situation initiale, élément perturbateur, péripéties, dénouement » qu’on apprend à l’école), il est probable que ce soit un peu compliqué à suivre.

  • Quelques exemples moins connus

Dans la partie sur l’arc positif, K.M Weiland utilise une dizaine d’exemples différents pour illustrer les différentes étapes, et j’ai été un peu surprise par quelques uns de ses exemples que je ne connaissais pas. En soi, ce n’est pas surprenant, je n’ai pas la science infuse et je n’ai pas lu tous les livres et vu tous les films de la Terre, mais dans ce cas précis, il y en avait au moins 3 que non seulement je n’avais jamais vus/lus, mais surtout dont je n’avais jamais entendu parler. Dans ce genre d’ouvrage, en général on utilise plutôt des classiques en exemple, des œuvres que les lecteurices n’ont pas forcément vues mais dont ils ou elles ont forcément entendu parler. En plus de cela, les exemples étaient séparés en deux catégories, avec une catégorie « exemples supplémentaires » dont je n’ai vraiment pas vu l’intérêt.

Je reconnais, ce défaut n’en est pas tellement un, c’est surtout que j’ai été surprise par ces choix et qu’il faut bien que je pinaille un peu^^.

  • Des étapes intermédiaires un peu floues et interchangeables

Dans sa première partie, K.M Weiland détaille les différentes étapes de l’arc narratif, et leur lien avec la structure de l’intrigue. Pour certaines étapes, elle donne une sous-liste d’éléments : par exemple, tout ce qui doit apparaitre dans le premier acte, dans la première moitié du deuxième, etc. Et pour moi, autant la structure générale était limpide, autant ces étapes détaillées l’étaient beaucoup moins. Non pas parce que je ne comprenais pas ce qu’elle essayait de dire, mais parce que j’avais parfois du mal à voir la différence, et que ces étapes me paraissaient souvent trop semblables et répétitives. Autant je pense avoir intégré la structure générale de l’arc narratif (en tout cas, sa version à elle), autant je sais que je serai incapable d’utiliser son découpage détaillé, à part si j’essaie de l’appliquer en relisant le livre en parallèle, en l’utilisant comme un cahier d’exercice.

  • Rien de révolutionnaire

Finalement, mon principal souci avec ce livre, c’est que je n’ai pas eu l’impression qu’il ait tellement changé ma vision de l’écriture, et de l’arc narratif d’un personnage en particulier. Même si je n’ai jamais lu d’autre livre qui cible précisément ce sujet, la notion d’évolution du personnage est toujours plus ou moins évoquée dans tous les livres qui parlent de structure. Il me semble par exemple que Truby le traite (au moins sur les question de Désir/Besoin) dans L’Anatomie du scénario, même s’il ne le fait peut-être pas avec ce niveau de détail. De manière générale, j’ai trouvé que Creating character arcs manquait d’idées vraiment nouvelles.

Les Plus

  • Didactique

Creating character arcs pourrait sans problème devenir un manuel scolaire. Sa structure est simple et logique, le texte est clair et sans détour. Chaque chapitre est illustré par plusieurs exemples et se termine par une série de questions pour travailler sur son propre roman. Avec en bonus, un certain nombre de ressources intéressantes. K.M Weiland s’adresse clairement à celles et ceux qui veulent apprendre et améliorer leur compréhension de la structure narrative.

  • Ciblé, complet et pertinent

La structure narrative est un sujet assez classique pour les livres de conseils sur l’écriture, mais la notion d’arc narratif pour un personnage est plus souvent un à-côté que le sujet central. Creating character arcs traite très bien son sujet, de façon très cadrée, sans se perdre à essayer d’aborder trop de choses à la fois. Et j’ai particulièrement apprécié le fait que le livre ne se limitait pas à définir et décrire les différents types d’arcs, mais incluait aussi dans sa dernière partie des considérations plus générales sur la façon de les appliquer (quel arc, pour quels personnages, sur plus d’un livre, etc), ce qui le rend très complet.

Ce que j’en retiens

Comme je l’ai expliqué un peu plus haut, je n’ai pas trouvé grand chose dans ce livre qui ait révolutionné ma vision de la structure narrative. Je me demande d’ailleurs si j’ai apporté le bon niveau d’attention, et si je ne me suis pas trop concentrée sur ma prise de notes plutôt que d’essayer d’intégrer et d’appliquer ce que je lisais.

Malgré tout, sa distinction entre différents type d’arcs négatifs était nouvelle pour moi, et m’a intéressée. Pour K.M Weiland, il y a trois types d’arcs négatifs :

  • La Désillusion

Dans l’arc Désillusion, le personnage parvient à surmonter le Mensonge qui l’habite au départ, mais la Vérité qu’il ou elle découvre est tragique et ne lui apporte aucun réconfort ou espoir.

  • La Chute

Dans la Chute, l’arc négatif classique, le personnage échoue à atteindre la Vérité, et s’enfonce de plus en plus dans le Mensonge, qui l’entraîne vers un destin tragique.

  • La Corruption

Dans l’arc de Corruption, le personnage croit dans la Vérité au départ, mais se retrouve embarqué par le Mensonge, qui prend contrôle sur lui à la fin. C’est typiquement l’arc qui surviendra dans le passé d’un antagoniste, pour expliquer… pourquoi il est si méchant^^.

Conclusion : faut-il lire Creating character arcs ?

Comme d’habitude, je ne prétends pas vous dicter de lire ou non un livre. Je préfère vous donner les informations pour faire un choix éclairé. Non, je ne fournis pas de bougies^^.

Donc, en résumé, je dirais que Creating character arcs est pour vous si :

  • Vous lisez l’anglais (ah oui, sinon ça risque d’être difficile)
  • Vous avez déjà des connaissances de base sur différents types de structures narratives (notamment la structure en 3 actes)
  • Vous vous intéressez à l’évolution psychologique des personnages (vu que le livre ne parle que de ça, vous avez plutôt intérêt à vous y intéresser…), et ça ne vous dérange pas de lire un livre qui traite d’un seul sujet aussi précis
  • Vous aimez les conseils très pratiques, le genre cahier d’exercice, avec des questions/méthodes à appliquer, et un côté très didactique

Si vous n’êtes pas encore très familiarisé.e avec les différents type de structure narrative, ou si comme moi vous aimez maitriser les notions mais pas être allergique à les appliquer pas à pas, j’aurais plutôt tendance à vous conseiller L’Anatomie du scénario de John Truby, qui a l’avantage de donner une vision plus complète, en parlant de l’évolution des personnages, de l’intrigue, mais aussi de thème, etc..  J’ai l’impression que plus je lis de conseils d’écriture, plus Truby monte dans mon estime…

En tout cas, si vous appréciez ce genre d’ouvrages et vous demandez quoi lire ensuite voici une petite listes de livres que j’ai déjà critiqués :

Et vous, est-ce que vous avez lu Creating character arcs ? Est-ce que vous aimez les conseils très ciblés ou est-ce que vous préférez des livres plus généralistes ? J’ai vu récemment une vidéo qui discutait de la différence entre les « méthodiques », qui aiment appliquer des méthodes, et les « intuitif/ves » qui préfèrent se fier à leur instinct, et c’est une idée que je trouve intéressante. Effectivement, j’aime beaucoup lire des conseils d’écriture, et je trouve que ça m’aide à me questionner sur ce que j’écris, mais je suis fondamentalement incapable d’appliquer une méthode à la lettre… De quel côté penchez-vous ?

5 réflexions au sujet de “Faut-il lire Creating character arcs de K.M Weiland ?”

  1. Je n’ai pas lu Creating Characters Arcs, mais comme je suis certaine d’avoir déjà vu ces concepts (Désir/Besoin, Vérité/Mensonge), je me demande si je n’en avais pas déjà entendu parler avant… Bien que je sois du côté Architecte de la Force, je t’avoue que je suis partagée. D’un côté, je suis convaincue de l’utilité (voir de l’aspect indispensable) des manuels d’écriture; de l’autre, ça me semble nécessaire de savoir s’en détacher. (En gros, apprendre les règles afin de mieux pouvoir les briser). Et pour les personnages, ça me paraît particulièrement important de ne pas se limiter à une recette, parce que souvent, ça va donner un résultat cousu de fil blanc.

    Je ne compte même plus les films hollywoodiens où le héros a tout pour être heureux, mais se gâche la vie à cause de son impulsivité / addiction au travail / etc. qui dégrade sa relation avec sa femme / ex-femme / enfant. On sait tout de suite que dépasser ce défaut va être déterminant dans le climax et lui permettre de renouer avec le personnage en question. Souvent, ça me fait l’effet qu’on a créé un personnage complètement lisse auquel on a artificiellement ajouté un défaut quelconque pour faire croire qu’il y a un enjeu interne. Ça a tendance à m’agacer encore plus qu’un personnage véritablement lisse et assumé comme tel ^^ (le pire du pire étant quand le «défaut» du personnage est tout simplement… d’être introverti ou taciturne!)

    Bref, à lire ta review de Creating Characters Arcs, j’ai l’impression qu’une application superficielle risque de faire tomber la construction du personnage dans ce travers. Pour autant, j’imagine que tout n’est pas à jeter : en fait, la phrase la plus intéressante (je ne sais pas si elle est de toi ou de l’autrice) serait «la Vérité de l’un pourra être le Mensonge de l’autre». Ça m’a fait réaliser que ce que j’aime bien dans les arcs de personnage, c’est lorsqu’ils ne sont ni entièrement positifs, ni entièrement négatifs (j’aime beaucoup l’exemple de l’arc de Désillusion d’ailleurs). Ou bien lorsque l’arc peut être perçu comme positif ou négatif selon l’interprétation qu’on en fait, en intervertissant Vérité et Mensonge (surtout quand on joue sur les attentes morales du lecteur : par exemple, on est tellement habitué à une Vérité de type «la famille passe avant tout» que voir un personnage abandonner sa famille pour se réaliser en tant qu’individu va être automatiquement perçu comme un arc négatif de Corruption… alors faire de cette Vérité pour le lecteur un Mensonge pour le personnage va donner un certain relief à l’histoire).

    1. Merci beaucoup pour ce commentaire très complet ! Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le côté recette, le personnage qui sacrifie sa relation avec sa famille pour le travail, ça doit être le modèle par défaut de beaucoup de scénaristes^^. J’adore les livres sur l’écriture, parce que j’aime la façon dont ils me font réfléchir à ce que je fais. Je digère les concepts, mais par contre, j’ai un blocage basique à l’idée de les appliquer à la lettre…
      Pour la phrase « la Vérité de l’un pourra être le Mensonge de l’autre », j’ai un doute mais vu que je ne la retrouve pas dans mes notes, donc je pense qu’elle est de moi^^. Comme j’expliquais très rapidement la notion de « Mensonge » et de « Vérité », j’avais un peu peur que ce ne soit pas clair qu’il ne s’agit pas de vérité littérale. Et vu que l’auteur est tout puissant dans son roman, il ou elle peut facilement « prouver » une idée ou son contraire selon l’arc narratif choisi, donc c’est à l’auteur de décider de sa « Vérité ». Je crois que j’en avais un peu parlé dans un autre article : Attention des idées se cachent dans votre roman !, sur la façon dont on pouvait, volontairement ou non, véhiculer des idées rien que par le choix de personnages, les arcs narratifs, etc

      1. Je suis allée lire ton autre article et j’y découvre vraiment plein de pistes intéressantes, merci beaucoup, je vais me le garder sous le coude pour continuer à réfléchir à la question! 😊

        D’ailleurs tu soulèves tout au début un point qui me chicote un peu avec les arcs de personnage conçus en tant que tels : le fait que le personnage peut faire tout ce qu’il veut (ici, venir à bout de son Mensonge) tant qu’il en a la volonté. Que son arc soit positif ou négatif, c’est lui qui en est responsable, pas un événement ou un personnage extérieur. Alors je comprends très bien l’idée qu’il soit plus agréable pour un lecteur/spectateur (moi y compris) de suivre un personnage actif, maître de son destin, qui ne se laisse pas déborder par ce qui lui arrive et qui soit responsable de son changement final. Mais en même temps, je ne peux pas m’empêcher de me demander d’où vient cette préférence… parce que c’est tout de même très américain comme manière de penser. On n’échappe pas à la politique :p

        1. Je me suis déjà fait la réflexion que si on suivait tous les bons conseils, on excluait forcément certains types de personnalités, puisqu’on va forcément préférer des héros/héroïnes proactifs/ves. Et en tant que personne qui a tendance à avoir une approche assez passive de la vie, je trouve ça très injuste^^.
          Mais j’aurais tendance à considérer que c’est plutôt un problème au niveau de l’intrigue : en particulier beaucoup d’intrigues lient le « mérite » du personnage et l’amélioration de sa situation, souvent financière, ce qui est effectivement un point de vue très américain : pour devenir riche il suffit de faire suffisamment d’effort (et on fait difficilement plus politique comme idée^^).
          D’un autre côté, au niveau arc de personnage, je suis assez convaincue qu’on peut être changé négativement par les événements extérieurs, mais que se sortir d’un schéma négatif demande forcément un effort conscient. Et là, on entre plutôt dans le domaine de la psychologie, et je ne suis pas vraiment qualifiée sur le sujet^^. (D’ailleurs je suis assez persuadée que ça demande un effort conscient, mais qu’on peut rarement y arriver seul/e, et c’est pour ça que les psy existent^^)
          D’ailleurs je suis tombée cette semaine sur la chaine (en anglais) de l’autrice et psychologue Sofiya Pasternack qui adapte les concepts de la schémathérapie à l’écriture. Je viens juste de commencer à regarder ses vidéos mais visiblement la schémathérapie est une méthode de psychothérapie qui identifie des « schémas » négatifs chez les gens qui sont très équivalents à la notion de « Mensonge » dans les arcs de personnage. Il faut vraiment que je regarde toute sa série de vidéos parce que ça a l’air très intéressant^^.
          En tout cas merci beaucoup pour tes commentaires, tu me fais bien cogiter^^

          1. Cogitation partagée 😊

            Merci pour le lien vers la chaîne de Sofiya Pasternack, c’est pile dans les sujets qui m’intéressent, je vais aller voir ça!

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