J'ai lu/j'ai vu

Chroma : l’Art et le jugement de valeur

Cette semaine, j’ai eu le plaisir (mitigé, j’en parlerai ensuite) de voir passer un tweet annonçant l’espoir d’une saison 2 pour une de mes séries de vidéos favorites : Chroma. Série que j’avais eu le plaisir de crowdfunder en 2015, et pour laquelle je n’hésiterai pas un quart de seconde à dégainer mon portefeuille si les créateurs décidaient effectivement de produire une suite. Série qui fait aussi partie de mes influences sur tout ce qui concerne l’analyse de média.

Je ne résiste donc pas à l’envie de vous en parler ! Cet article est centré sur Chroma, mais si vous devenez accro, je vous conseille aussi Crossed, des mêmes créateurs, une série qui parle de films en rapport avec le jeu vidéo et qui est tout aussi excellente (disponible sur la chaine Youtube de Karim Debbache). J’ai un faible pour l’épisode sur Max Payne, le film, à cause de sa chanson de fin…

Chroma

Présentation

Titre : Chroma

Genre : Série d’essais au format vidéo

Créateurs : Karim Debbache, Gilles Stella, Jérémy Morvan

Format : 12 épisodes d’une vingtaine de minutes chacun

Plateforme : DailyMotion, mais disponible également depuis le site de Chroma

Le Concept

Chroma est une série de 12 épisodes, qui mélange à la fois fiction, essai sur le cinéma et humour. Chacun des épisodes traite d’un film en particulier, en général un « mauvais » film, avec toute une réflexion sur ce qu’est un mauvais film, un bon film, et donc un film tout court. Les épisodes sont présentés par Karim Debbache et son alter ego Kamel Debbiche…

Le tout avec des univers parallèles, une bonne dose d’humour et pas mal de musique cool… (D’ailleurs tant que j’y suis,  je vous mets aussi le lien vers la campagne Ulule pour l’album de Gilles Stella !).

Que des bonnes choses !

Pourquoi c’est intéressant

Alors oui, comme dans beaucoup de livres et de vidéos dont je vous parle, c’est encore tourné vers le cinéma plus que l’écriture. Mais tout le concept de cette catégorie de mon blog, c’est d’apprendre à écrire en s’inspirant d’autres médias ou d’autres œuvres. Et si le concept d’apprendre à écrire vous intéresse, vous pouvez toujours faire un tour sur cet article. Dans tous les cas, même si la technique est différente, beaucoup d’idées abordées sont adaptables au roman, et à l’art en général. D’ailleurs, la série aborde entre autres le thème de la spécificité du média dans l’épisode sur Paranormal activity, une idée que je trouve important de maitriser puisqu’elle permet de savoir quels sont les notions et techniques communes aux différents médias, et comment exploiter les forces de celui qu’on a choisi.

Alors en quoi Chroma est-elle une série tout à fait pertinente quand on veut apprendre à écrire ?

  • Les concepts

Dans chaque épisode, Karim explique plusieurs concepts en rapport avec la narration ou le cinéma, dont certains peuvent être assez costauds. Par exemple, la notion de diégèse, le fusil de Chekhov, ou certaines notions plus propres au cinéma comme la technique des 30°. Il aborde aussi fréquemment la théorie du cinéma, et son histoire, avec une bibliographie assez conséquente. Bref, on apprend des tonnes de trucs ! Et on en ressort avec une pile de livres à lire, et un sacré paquet de films à voir.

  • La réflexion sur l’art et sa portée

Ce que j’ai apprécié avec cette série, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’une analyse « technique » visant à détecter les défauts d’une série de films. Évidemment, cette approche a son intérêt (et j’adore personnellement les vidéos qui « dissèquent » des œuvres). Mais ici, Karim Debbache et son équipe se posent des questions plus profondes, en particulier « qu’est-ce qu’un bon film ? » et donc « qu’est-ce qu’un film ? » et explorent les difficultés qu’on peut avoir a y répondre, et les différentes idées que différents théoriciens peuvent avoir sur la question.

Ils abordent aussi l’aspect politique que peut prendre une œuvre (rien que par son montage par exemple, voir l’épisode sur Rollerball) ou l’influence de la publicité. La série est une manne d’idées et de questions intéressantes. Par exemple, est-ce qu’une idéologie est inhérente à un genre (dans l’épisode Douce Nuit, Sanglante Nuit) ?

  • La bienveillance

Une des grosses originalités de cette série réside dans la bienveillance de l’approche. La plupart du temps, quand on dissèque une œuvre, c’est un peu parce qu’on l’a assassinée avant^^. Et oui, j’ai aussi un faible pour les critiques à l’acide de mauvais livres/films, parce que, soyons francs, c’est drôle !

Mais Karim et son équipe ne sont pas là pour « démonter » qui que ce soit, et c’est… rafraichissant (ils en parlent d’ailleurs dans cette interview, il me semble). Parce que j’aimerais bien vivre dans un monde de Bisounours (mais avec moins de rose, please), et parce que clairement c’est dans le même monde que Karim et son équipe veulent vivre.

Mais en dehors de l’aspect Bisounours, ils considèrent qu’un film est le travail de toute une équipe pendant des mois, et qu’en général ce sont des gens qui ont essayé de faire ou de dire des choses et que ça mérite de s’y intéresser. En tant qu’autrice débutante, qui a passé des années sur un premier roman, c’est une démarche que je peux apprécier : ce n’est pas facile de créer, et en général, c’est un processus long qui demande beaucoup d’apprentissage (et qui dans le cadre d’un film implique aussi beaucoup de contraintes extérieures), et dans les critiques à l’acide, on oublie souvent que ce sont de vraies personnes qui ont créé ces œuvres, et autant c’est important de comprendre pourquoi ça n’a pas fonctionné, autant ce n’est pas une raison pour détruire l’œuvre et ses créateurs au passage.

En dehors de ça (et je vais spoiler un peu, mais je ne pense pas que ce soit dramatique), la thèse de Chroma, c’est qu’aucun film n’existe indépendamment des autres, et que même si un film est « mauvais », il pourra avoir joué un rôle dans l’histoire du cinéma et peut-être participé d’une manière ou d’une autre à l’apparition de « bons » films. Par exemple, Vidock qui a été le premier film tourné en numérique, ou Piège à Hong Kong qui a servi d’expérimentation à son réalisateur Tsui Hark pour ses films suivants.

C’est une thèse intéressante, et originale puisqu’elle va à contre-courant avec le style habituel de ce genre de vidéo : elle cherche à trouver des qualités, ou des mérites à des films qui sont en général détruits par la critique, tout en gardant un œil objectif sur ce qui en a fait des échecs.

(Petit aparté : le questionnement sur la négativité de la critique se pose pour pas mal de créateurices sur le web, et vous pouvez regarder cette vidéo, en anglais, de Jim Sterling, critique dans le domaine du jeu vidéo qui explique comment on lui reproche toujours d’être « Mr Négatif », mais dont les vidéos positives n’ont aucune audience…)

  • La forme

C’est amusant, parce qu’une partie des points positifs que je viens de lister ressemblent à ceux de Confessions d’un jeune romancier de Umberto Eco : une réflexion plus large sur l’Art, avec des concepts très intéressants et des idées parfois un peu balèzes. Sauf qu’il y a une énorme différence entre les deux : la forme.

Il fallait s’accrocher pour lire Eco, mais dans Chroma, les idées passent toutes seules. Non seulement le côté partiellement fictionnel est divertissant et l’écriture est juste hilarante, mais le travail de vulgarisation est assez impressionnant. Même si je suis maintenant familière avec la plupart des idées exprimées (parce que j’ai revu tous les épisodes de deux séries environ 45 fois), ça ne m’empêche pas de prendre un plaisir immense à les revoir. Il y a un vrai travail d’écriture et de réalisation dans ces épisodes (en particulier dans Chroma pour l’aspect réalisation, le crowdfunding leur ayant donné plus de moyens et de libertés), et ils sont extrêmement drôles et divertissants. Même au bout de la 45éme fois^^.

Alors peut-être que certaines personnes préféreront l’information pure, et considéreront qu’enrober le savoir d’humour est une facilité ou une perte de temps, mais moi, être divertie et apprendre en même temps, je trouve ça parfait^^. Je n’y peux rien, j’aime qu’on me fasse rire^^.

En dehors de ça, l’aspect fictionnel et humoristique de la série enrichit la réflexion, puisqu’elle est souvent utilisée pour illustrer le propos de l’épisode. Ce n’est donc pas seulement un moyen de « faire passer la pilule », mais aussi un vrai plus, avec un jeu sur les codes, et un aspect « méta » intéressant puisque dans la série, les acteurs et techniciens sont eux-même des personnages (on voit régulièrement derrière la caméra par exemple).

En résumé : le fond est passionnant, et la forme est drôle ET intéressante.

Digression : public et créateurices

Pour en revenir au tweet qui m’a donné envie de vous parler de Chroma, le plaisir est mitigé puisque la série de tweets évoque les difficultés rencontrées par un des créateurs, et la réaction assez négative d’une partie de leur audience. Certains fans leur auraient reproché de ne pas avoir donné de nouvelles après la fin de la première saison, comme si le fait de créer une websérie obligeait moralement à continuer ou au moins à justifier ses interruptions.

Soyons clairs, je serai ravie qu’il y ait une seconde saison à Chroma, ravie que Karim Debbache et son équipe produisent quoi que ce soit de nouveau. Mais s’ils ne le font pas, eh bien tant pis. Ils n’ont aucune obligation morale envers moi, de la même manière que mon plombier peut très bien changer de métier ou de région si ça lui chante, même si j’ai adoré la façon dont il a changé ma robinetterie la dernière fois (ça a l’air évident dit comme ça, hein ?^^).

Je trouve ça triste que le public sur Internet estime que les créateurs et créatrices sont corvéables à merci. Même problèmes de santé mis à part (soit dit en passant ultra-fréquents chez les Youtubeur/euses à cause de la pression constante), tout le monde a le droit d’avoir des projets persos, d’avoir envie de changer de carrière ou tout simplement de faire une pause (et je ne dis même pas ça parce que je n’ai pas trop posté ces derniers mois^^). Si jamais l’un d’entre eux me lit (je serais tellement fière, c’est beau de rêver^^), j’ai juste envie de vous dire merci pour Crossed et Chroma, deux séries que j’ai re-re-re-re-re-re-re-gardées, qui m’instruisent et me font rire à chaque fois, en plus d’être une énorme influence sur ce que je fais dans ce blog. Je vous souhaite toute la réussite du monde dans ce que vous entreprendrez ensuite, y compris les projets que je n’aurai jamais l’occasion de voir. <3

Conclusion

Vous n’avez pas encore regardé Crossed et Chroma ? Mais qu’est-ce que vous faites encore là ?^^

Et vous, est-ce que vous avez des émissions télé, des livres, des chaines Youtube favorites sur l’écriture ou l’Art en général ? Partagez-nous vos chouchous !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.